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samedi, 26 avril 2008
LA PROMENADE DE L'ESCARGOT, LE VOL DE L'OISEAU, LE SIEGE DU VER DE TERRE
Par
Bienvenu Merino
D’après les réflexions philosophiques de Gaston Bachelard
A Paris, dans les quartiers les plus favorisés, il y a de très belles maisons, aux mains de ceux qui possèdent l’argent et le pouvoir. A l’Etoile, place Charles de Gaulle, dans le 16e, les 8e, 7e, 6e, 5e, 4e arrondissement, etc. mais aussi, dans les quartiers populaires de Pelleport, Télégraphe, Place des Fêtes, Belleville, Ménilmontant. Cependant si vous êtes un peu curieux, allez voir ceux qui y habitent. Dans ces quartiers moins riches ‘il n’y a pas d’argent’, dit-on, pour soigner les plaies des saccages causés par les plans des rénovations et de l’insalubrité de certains lieux, autrefois, faisant partie du beau patrimoine, et donné aux mains des promoteurs et des marchands de biens. De belles maisons existent encore dans le 13e arrondissement, mais là, plus que les boules de fontes, les bombes du pouvoir ont saccagé ce quartier populaire de Paris. Soufflé en partie, rasé, aspiré et empilé en cubes jusqu’aux nuages en spirales fuyant la place d’Italie. Cependant, ci et là, il existe encore des maisons de merveilles, au pied d’une tour de quarante-cinq étages ou coincées entre un demi étage d’un « American Building », immeuble-clapier, construit dans les années 50/60 et un rideau de béton le long du périphérique qui ceinture la ville accompagnant la campagnarde voie ferrée, préservée encore, jusqu’à quand ? Et dans ces boites superposées vivent les habitants : « Notre chambre parisienne, dit Paul Claudel, entre ces quatre murs, est une espèce de lieu géométrique, un trou conventionnel, que nous meublons d’images, de bibelots, d’animaux empaillés, d’oiseaux en cage de fer, et d’armoires dans une armoire. »(1) Le numéro de la rue, le code d’entrée de l’immeuble, le chiffre de l’étage, le numéro de la porte, fixe la localisation de notre « trou conventionnel, » mais notre demeure n’a pas d’espace autour d’elle ni verticalité en elle. « Sur le sol les maisons se fixent avec l’asphalte et le ciment pour ne pas s’enfoncer dans la terre ». (2) La maison n’a pas de racine. Chose inimaginable pour un rêveur de maison : les gratte-ciel n’ont pas de cave. Du pavé jusqu’au toit, les pièces s’amoncellent et la tente d’un ciel sans horizon enclôt la ville entière. Les édifices n’ont à la ville qu’une hauteur extérieure. Les ascenseurs détruisent les héroïsmes de l’escalier. On na plus guère de mérite d’habiter près du ciel. Et le chez-soi n’est plus qu’une simple horizontalité. Il manque aux différentes pièces d’un logis coincé à l’étage un des principes fondamentaux pour distinguer et classer les valeurs d’intimité. Au manque des valeurs intimes de verticalité, il faut adjoindre le manque de cosmicité de la maison des grandes villes. Les maisons n’y sont plus dans la nature (voyez le quartier de la Défense ). Les rapports de la demeure et de l’espace y deviennent factices. Tout y est machine et la vie intime y fuit de toute part. Alors que dans la rue du Pressoir, il n’y a pas très longtemps encore, moins d’un siècle, les enfants allaient à l’école sautant les meules de foin au bord des chemins asphaltés et des ruisseaux canalisés. « On allait les uns avec les autres », et on vivait « les uns chez les autres », dixit, Guy Darol. « Les maisons que l’on construit actuellement, sont comme des tuyaux, où sont aspirés les hommes. »(3)
Dans sa préface, au livre de Louis Chevalier, L’Assassinat de Paris, Claude Dubois écrit : « Las ! en 1977, se jeter au pieds de la ville, c’était se jeter dans un trou, celui des Halles. En quelques années, Paris venait de passer, d’être passé de vie à trépas. » Sous les yeux de l’homme, Louis Chevalier, qui connaissait le mieux Paris, qui en enseignait l’histoire au Collège de France. L’Assassinat de Paris est un J’accuse d’autant plus catégorique, sans appel. Avec cette circonstance, inqualifiable à force d’être aggravante, que le forfait a été perpétré en un temps, se persuade-t-on depuis 1958, de grandeur, « au temps du général de Gaulle », avec les « conseils » d’André Malraux et le « concours » de Georges Pompidou. Trois hommes qui, souverainement oublieux de l’histoire de Paris, ont abandonné « l’irremplaçable beauté de la ville » à la pioche des promoteurs. Mais que sait donc Malraux ? De Paris, mais aussi du reste, de tout ce qu’il faut savoir pour se mêler de Paris ? se demande Louis Chevalier en démontrant derechef que, de Paris, Malraux ne sait rien. Malraux n’en parle que plus, et si de Gaulle écoute… Or donc, de Gaulle : « Etait-il d’accord ? Ne l’était-il pas ? » Mais Malraux d’accord, cela voulait dire l’Elysée d’accord. Reste Pompidou. Son « texte terrible » du 30 novembre 1964, précisant au préfet de la Seine de l’époque «les thèmes chirurgicaux » nécessaires aux « transformations de Paris » suffit. Il est terrifiant !
1 Paul Claudel, Oiseau noir dans le soleil levant, p. 144
2 Max Picard, La fuite devant Dieu, p.121
3 Max Picard, loc.cit., p.119-121
07:47 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bienvenu merino, rue du pressoir, paul claudel, louis chevalier, max picard, paris, urbanisme
































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