02 août 2009

MEMOIRES SUR LA RUE DU PRESSOIR, 1960-1967

En 1960, après notre mariage, nous sommes venus habiter le 25 de la rue du Pressoir. A cette époque, j’étais Pompier de Paris, caserné dans le 7e arrondissement, et mon épouse, aide-soignante à l’hôpital Saint-Antoine. Nous avions repris  le petit deux-pièces, au quatrième étage donnant sur la rue. Il était occupé jusqu'alors par la sœur et le beau-frère de mon épouse, les parents de Guy. J'ai un immense souvenir  de cet appartement propret  et clair,  ensoleillé, et confortable à la fois. Il possédait une petite cuisine toute équipée, eau froide et chaude sur évier, rare dans ces vieux immeubles où la fontaine d'eau courante se trouvait sur le palier. Bref, pour nous, jeunes mariés, c'était féerique. Pour parfaire ce bonheur, une petite fille est venue au monde l'année suivante. Notre voisine de palier, s’appelait Régina, une polonaise d’origine juive. Il arrivait, certaines nuits, que notre fille tout bébé, pleurait, inconsolable. C’est souvent que Regina, réveillée par les pleurs, arrivait, prenait la petite dans ses bras, la berçait en lui fredonnant une berceuse de son pays. Le miracle alors se produisait et bébé s’endormait. Que de services nous a rendue cette brave femme. Après l’expulsion de l’immeuble elle est partie en Israël, avec son ami Maurice, fabriquant de casquettes dans le Sentier. Un brave homme lui aussi.

 


Que dire de cette rue, de ce quartier de Ménilmuche que mes parents ont fort bien connu, étant nés et y ayant vécu tous les deux leur adolescence, rue Julien-Lacroix ou Impasse des Couronnes. Ce fut d'ailleurs pour eux comme un pèlerinage quand ils sont venus chez nous la première fois. Que d'anecdotes nous ont ils racontés ce jour-là.

 

 

Maman se souvenait d’une camarade de classe qui habitait le 23, une jolie fillette avec une superbe chevelure qui lui descendait jusqu'aux reins. Un jour, une femme armée d'une paire de ciseaux l'attendait Passage Deschamps et, malgré les cris de l'enfant, lui coupa une bonne partie de ses longs cheveux, avant de s'enfuir.  C'était courant à l'époque, car souvent, certains perruquiers malhonnêtes,  payaient un bon prix les belles chevelures.

 

 

Je repense souvent à ce quartier, à ces rues populaires aux multiples commerces et ateliers d’artisans, aux petits bistros-hôtels où logeaient des travailleurs maghrébins, seuls, loin de leurs familles, passant leurs dimanches à jouer aux dominos devant un thé à la menthe. Nous avions de bons rapports de voisinage avec ces hommes. L’un d’eux nous avait racheté notre 4 CV.

 

 

A cette époque, nous n’avions pas les supermarchés pour faire nos courses ; tous les commerces étaient à notre portée. Par exemple, je ferme les yeux, et  je me rappelle…

 

 

En sortant de la station de métro Couronnes, nous prenons la direction de la rue du Pressoir. En remontant la rue des Couronnes une boulangerie, deux boucheries dont une chevaline, les vins Nicolas, une friterie légumes cuits, très pratique pour les jours ou l’on a pas envie de cuisiner.

Et, arrivés à notre porte, sous nos fenêtres, au 25 de notre rue du Pressoir, l’Epicerie de Mr et Mme Gilles. Là, nous trouvions tout ce que nous avions le plus besoin : fruits et légumes, crèmerie, lait, beurre, fromage, les eaux minérales, vins, apéros, etc. Pratique en cas d’imprévu.

Au 23, il y avait un garage, où je pouvais garer notre 4 CV, et faire effectuer son entretien et réparations. Mon coiffeur Louis, rue des Maronites…

Oui, nous avions tout à notre disposition, le  marché sur le boulevard, la poste rue Etienne-Dolet, des bains-douches prés du métro Couronnes, a côté d’un magasin de bois et bricolage.

Et puis, à deux pas, la fameuse rue de Ménilmontant, avec ses boutiques, le cinéma Le Ménil Palace, Prisunic. Le tabac et son PMU, où je faisais mon tiercé le dimanche matin.

 

 

Actuellement, nous habitons dans les Yvelines, une petite ville où les commerces disparaissent les uns après les autres, pour laisser la place a des banques et agences immobilières. Aujourd’hui, à  30 kilomètres de Paris, et pour trouver à peine l’équivalent des commerces énumérés plus haut, il nous faut prendre la voiture et parcourir trois ou quatre kilomètres, et souvent  plus, pour acheter ce que nous trouvions sur place, à Ménilmuche.

 

 

Au cours des années qui suivirent, les expropriations et démolitions commencèrent. D’abord, par le côté des numéros pairs de la rue du Pressoir. Ce fut la fermeture des petits ateliers et différents commerces. Puis, en 1967, ce fut à  notre tour de partir. Relogés dans un immeuble neuf et moderne prés de la place d’Italie, nous nous sommes retrouvés avec plusieurs ménages venant du 25 ou du 23 rue du Pressoir ainsi que le couple de la Boucherie située rue des Couronnes.

Le confort de notre nouvelle résidence nous fut agréable à tous, mais les liens qui nous unissaient dans notre petit « village » s’estompèrent, pour disparaître à jamais. Nous ne sommes pas retournés voir ce qui était advenu du quartier, c’est par les photos et les témoignages de ce remarquable site que nous avons effectué notre visite.  Georges,  juillet 2009

 

rue du pressoir.jpg

 Photo prise en 1963 dans la salle à manger. Elle était claire et ensoleillée.                                                    

                               

 

Commentaires

Quel plaisir de retrouver un ancien du 23/25 de notre chère rue du Pressoir, là où, tout comme Guy Darol et Georges je vécus de 1948 à décembre 1966. J'ai les mêmes souvenirs que Georges, les vins Nicolas, la boucherie Chevaline où j'allais acheter la graisse de cheval pour faire les frites et l'épicerie de Madame Gilles que personne n'a oubliée. Je vous raconterai, bientôt, les quelques souvenirs et les moments passés, dans la boutique rouge, en compagnie de Monsieur et Madame Gilles. Le marché sur le Boulevard de Belleville tous les mardis et vendredis, les bains-douches, je suis bien contente que Georges en parle car mes amis ne voyaient pas de bains-douches à cet endroit et pourtant j'étais certaine que ces bains-douches existaient en face du métro Couronnes.
Juste une petite rectification, cher Georges, le garage se trouvait au 27 et non au 23.
Une entrée commune pour le 23/25, en face de l'entrée se trouvait l'escalier de votre immeuble le 23 avec les fenêtres donnant sur la rue pour les locataires de gauche et du milieu et des fenêtres donnant sur la cour pour les locataires de droite et même du milieu. Le 25 se trouvait dans la cour, il fallait tourner à droite en entrant, passer devant la loge de la concierge et dans cette cour se trouvait l'immeuble du 25, le mien. Toutes nos fenêtres donnaient dans la cour, de la fenêtre de ma chambre, sur le côté, je pouvais adresser des signes amicaux à ceux du 23.
Juste une petite parenthèse, pour les nostalgiques de notre quartier et des anciennes chansons sur Belleville-Ménilmontant, rendez-vous sur You Tube et regardez et écoutez la reprise de Belleville Ménilmontant par le Grand Orchestre de Ménilmontant, pour ma part un régal.
Josette

Écrit par : Josette Farigoul | 06 août 2009

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