jeudi, 06 octobre 2011

MICHEL DANSEL SE SOUVIENT DE BELLEVILLE

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« J’ai toujours eu une tendresse particulière pour la rue du Pressoir, de vineuse réputation. Et chaque fois que j’y passais, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux moines de Saint-Martin-des-Champs qui possédaient là un pressoir. Et quand j’entrais dans un café pour y lever le verre à la santé de Bacchus, j’avais pleinement conscience que, depuis le Moyen-âge, la relève avait été maintenue. Cette rue a été malheureusement massacrée sans raison autre qu’un objectif spéculatif ».

 

Ces lignes sont de Michel Dansel, fondateur de l’Académie internationale du Rat, l’un des spécialistes du poète morlaisien Tristan Corbière et explorateur nyctalope de Paris et de ses faubourgs. Nous connaissions ses invitations à consentir au Paris incroyable (Editions Hachette, 1987), à arpenter différemment le Cimetière du Père-Lachaise (Au Père-Lachaise, Editions Fayard, 1973 puis 2007), voici que l’homme aux chaussettes rouges (parfois est-il ainsi surnommé) remonte le pavé des rues (celles de Belleville) et les aiguilles du temps (très haut vers 1940).

 

Il ne surprendra personne que ce défenseur des muridés féconds émette dans cet ouvrage une théorie sur le rat ayant justifié la destruction de la rue du Pressoir et de ses adjacentes. Michel Dansel les a souvent croisés en « son » Belleville sans que leur présence ne justifie à ses yeux qu’on (les promoteurs) saccage (et le verbe est faible) un faubourg rattaché à Paris en 1860 et où se sont attachés Arméniens rescapés du drame génocidaire et Juifs d’Europe centrale : Polonais, Allemands, Hongrois, Tchécoslovaques, Ukrainiens …  De cette géographie accueillante, sorte d’île propice au sauvetage, Michel Dansel nous parle le cœur battant. Il rappelle que ce quartier (auquel il lie évidemment Ménilmontant) fut de tout temps dédié à la contestation, y compris l’anarchie. Qu’on ne s’étonne pas qu’il ait été pris pour cible par les chirurgiens normatifs !

 

Trente ans de souvenirs jalonnent ce livre. C’est assez pour que Belleville revive au temps de ses artisans nombreux, de ses marchandes des quatre-saisons, de ses attelages tirés par des percherons, de ses livreurs de pains de glace, de ses « accordéonistes aux larges bretelles» … « A Belleville, ceux qui étaient prioritairement de mon bief, de ma croisière, de mon rivage, de mon sillage étaient des artisans, des artistes, des saltimbanques, des déracinés, des marginaux positifs ». Le ton est donné. On voit par quel côté Michel Dansel remonte le temps.

 

Des exhalaisons reviennent, le son mat de très vieux outils, des trilles quelquefois familières. Certaines couleurs sont tout à coup repeintes. Des lettres se forment qui rappellent, au-dessus d’un commerce aujourd’hui disparu, un rendez-vous autour du zinc. Le café Au cadran populaire n’existe plus, emporté avec la rue Vilin par les mâchoires de la salubrité.

 

Michel Dansel se veut avant tout un piéton nocturne. C’est donc nuitamment qu’il ausculte Belleville sans être jamais tombé dans un piège d’Apaches ou de mauvais garçons. Jamais il ne vit briller une lame de couteau mais tant de pavés reflétant le faisceau pâle des réverbères brillent comme des miroirs. Et l’on voit s’animer rue des Couronnes, rue des Envierges, rue Julien-Lacroix, rue Ramponeau, rue de Belleville, rue des Cascades, sans que leurs façades écaillées ne constituent une menace. Rien n’est susceptible de s’effondrer ici. Tout tient magnifiquement debout dans son palais de mémoire. Et nous sommes empoignés par d’émouvantes réminiscences. Ainsi, dans un chapitre évoquant la Porte des Lilas (car Michel Dansel s’écarte généreusement d’un Belleville que l’on croirait étroit), nous sommes brusquement assaillis d’images en mouvement. C’est le marché aux puces que l’on voit vivre et que l’on avait quelque peu oublié. Je le vois distinctement. Je m’y promène, ma main d’enfant accrochée à celle de mon père. Et ce sont, « à même le bitume », des brimborions qui se mettent à danser, ceux que proposent à la pauvreté de nos bourses,  « marchands de rien », biffins, chiffe-tire vendant « une vieille paire de chaussures éculées, un livre maculé et tout écorné, une ventouse avec encore un morceau de coton à l’intérieur, une assiette ébréchée, un corset élimé (…) yeux de poupée, réveille-matin veufs de leurs aiguilles, insignes oxydés aux couleurs ternies qui dataient de la guerre 14-18, vieux jouets qui avaient dû faire les délices de plusieurs générations de marmots ». Les souvenirs de Michel Dansel se composent d’étranges pépites. Pour nous, flâneurs à rebours, dans le paysage de l’enfance, elles s’assemblent comme un trésor. Nul doute que ce livre, aussi capital que les récits de Clément Lépidis ou un album d’Henri Guérard, constitue une fête, un réconfort et pour tout Bellevillois un événement majeur. Michel Dansel, grand écrivain, est l’ami qu’il convient de saluer. Guy Darol

 

BELLEVILLE

HISTOIRES ET SOUVENIRS

1940-1970

Michel Dansel

 

Bernard Giovanangeli Editeur

160 pages, 17 €

 

LE SITE DES EDITIONS BERNARD GIOVANANGELI

LE BLOG DE MICHEL DANSEL


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vendredi, 16 septembre 2011

PARIS JADIS/JEAN-PIERRE MARIELLE & JEAN ROCHEFORT

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Paris Jadis, chanson interprétée par Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle. Paroles : Jean-Roger Caussimon. Musique : Philippe Sarde.

Générique : Des Enfants Gâtés (Bertrand Tavernier), 1977

 


Paris Jadis - Jean-Roger Caussimon - 1977 

 

 

mercredi, 03 novembre 2010

MA RENCONTRE AVEC JANE CHACUN

 

 

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Jane Chacun

 

Avant 1966, je n’avais jamais entendu parler de la chanteuse Jane Chacun, née à Ambert en 1908, qui fit presque toute sa carrière à Paris. A cette date, peu de gens se souvenaient de cette grande figure de la chanson française qui fit l’admiration d’un très nombreux public entre 1930 et 1955. Aujourd’hui, Jane Chacun est tout simplement oubliée du grand public, et cela depuis bien longtemps.

A la fin de ces années 60, comme beaucoup de jeunes, j’étais alors bien plus intéressé par les chansons de Bill Haley et sa musique rock, ainsi que par Frankie Jordan, Billy Bridge, Moustique, les Chaussettes Noires, Vince Taylor que j’ai rencontrais en pleine gloire. Puis ma fascination pour le jazz que j’écoutais la nuit à la radio devint capitale dans ma culture, disons simplement, dans mon parcours où je découvrais les diverses formes de musique. Et ce n’est que bien peu plus tard, que je me suis intéressé aux guitaristes, Wes Montgomery, Joe Pass, Benny Carter, Charlie Byrd, Paco de Lucia, Django, Christian Escoudé, Claude Barthélémy, Woody Guthrie, ce chanteur et guitariste folk américain qui s’était engagé très jeune dans l’action politique. Parti pour la Californie, comme des milliers de ces Okies chassés par la misère de l’Oklahoma, il s’installa au cœur des luttes sociales, s’opposant avec sa guitare et ses chansons aux milices des entreprises fruitières ou à la complaisance des policiers de l’Etat californien. Sa réputation de redoutable agitateur lui valut de nombreux démêlés avec la police et la justice.

Aussi, je ne veux pas oublier un ami, Raymond Boni, un grand lui aussi, qui apporte, encore aujourd’hui, énormément à la musique moderne, au free jazz, uniquement avec son instrument, sa guitare, et son phrasé unique, qu’il sait travailler comme s’il était, à lui tout seul, un orchestre. Dans son disque Wanted  Mr. $ dollar for Good, ça commence et ça se termine  par une salve contre les habitudes guitaristiques, une batterie d’instruments : saxo, cornet, orgues monastiques, campanas sevillanas de procession, tocsin. Et pourtant Boni est seul avec sa guitare pour quitter la guitare. A une époque, l’orchestre d’Ellington a été exemplaire, parce que chacun de ses solistes était lui-même capable d’être chef d’orchestre. Là, Raymond Boni, est « orchestre » à lui tout seul. Si Charlie Christian s’était inspiré de Lester Young et devait créer ce qu’on appelle le « red style » le style saxophone ; il sut parfaitement exploiter son instrument et tirer de l’amplificateur électrique une sonorité très belle. Raymond Boni, dans Wanted Mr. $ dollar for Good,  tire de son instrument ce qui paraît impossible d’extirper d’une guitare. Son CD rouge est un moment rare dans la guitare de ces dix dernières années. Chirurgie événementielle. Réussite époustouflante pour Boni, qui à vingt ans voulait quitter la guitare trouvant qu’avec cet instrument, il n’avait pas assez la possibilité de s’exprimer. Alors qu’il était, dès 1971, classé par Jazz Magazine, parmi les plus grands guitaristes de la spécialité.

 

FRANK ZAPPA - JOAN BAEZ

 

Au début des années 70, je me familiarisais avec le travail musical de Frank Zappa dont je traduisais les textes afin de mieux comprendre ses chansons. Ceci dit, c’est son œuvre,  en partie, qui contribua à mieux me politiser et donna un certain sens à ce que je vivais, et à mieux voir ce qui se passait sur la planète, si je puis ainsi dire. Evénements aux Etats-Unis et dans toute l’Amérique, ainsi qu’ailleurs dans le monde, sans oublier la guerre au Viêt-Nam, dont beaucoup furent victimes. Avec Frank Zappa, Joan Baez, et bien d’autres, je complétais  ma formation, non simplement musicale, mais d’une certaine culture politique.

 

 EDITH PIAF - LUCIENNE DELYLE - YVONNE PRINTEMPS - LA CALLAS

 

En France, parmi les chanteurs et chanteuses, je connaissais les chansons que chantaient Edith Piaf. Mais vraiment, à cette époque là, cette chanson je l’écoutais peu et n’y prêtais pas beaucoup d’importance. Durant mon enfance, j’avais passé des années à écouter le Cante Flamenco et à m’intéresser à la danse andalouse pure. Piaf ne me touchait pas trop. Je dirais plus honnêtement que je passais à côté de son expression. Cependant, elle m’émouvait, et je la voyais comme une petite femme fébrile qui tombait sur scène lors de ses concerts. Dans un sens, j’avais peur pour ce petit bout de femme vêtu de noir, d’apparence fragile, me faisant trembler. Sans doute, je ne devais pas très bien écouter ses paroles, ni trop la musique qui l’accompagnait. Ou alors, je comprenais trop bien les mots, moi, que touchaient les faibles et la pauvreté du monde. J’avais été bercé depuis l’enfance par la musique  espagnole, de la région d’où étaient originaires mes parents, quand surgit  Rock around the clock, de Bill Haley and The Comets, qui bouleversa certains clichés et me fit m’intéresser à une autre trajectoire, celle des chanteurs de folk song que Bill nous rappelle quelquefois. Mais Bill était différent, et je ne crois pas qu’il se soit même senti à l’aise comme stéréotype de rock and roll. Et cela bien avant que je connaisse le folklore sud-américain des divers pays du continent où je vécus. Et puis il y a  la musique dite classique et ses dérivés qui m’accompagnent presque chaque jour, aujourd’hui encore.

Cependant je dois dire, qu’il y eu un moment très fort parmi tous les temps forts, qui révélèrent  la GRANDE PIAF dans sa carrière, le jour où elle chanta au premier étage de la Tour Eiffel, avec, à ses pieds autour du Trocadéro, une foule énorme, noire de centaines de milliers de spectateurs. Peut-être est-ce cette image du peuple de Paris, au chevet de la GRANDE de la chanson, qui me fit réfléchir à la personnalité, de ce petit bout de femme, immense de talent, dont il m’avait fallu un certain temps pour comprendre qui elle était, et ce qu’elle valait.

Il y eut parmi mes favorites de la chanson française, Yvonne Printemps, dont les chansons me vinrent aux oreilles que très tard. Elle prodiguait ses exceptionnels dons vocaux au seul domaine de l’opérette, à un niveau que personne d’autre n’avait atteint. Si, techniquement, on cherche une de ses qualités essentielles, on peut penser tout naturellement à son sens du ‘legato’, si rare chez les chanteuses. Ce ‘legato’ qu’on ne peut maintenir qu’avec un souffle impeccable, donnait à tout ce qu’elle interprétait une valeur humaine inestimable. Yvonne Printemps  transfigurait tout ce qu’elle touchait. En effet le charme vocal d’Yvonne Printemps défiait l’analyse.

 

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Lucienne Delyle

 

Je découvris aussi sur le tard l’œuvre de Lucienne Delyle me rendant vite compte que j’étais passé à côté d’immenses talents qu’avaient frôlé mon adolescence, pour enfin vouloir découvrir ces riches interprètes qui existaient dans la chanson française et dont j’ignorais tout.

Je me tairai ou plutôt je serai rapide en parlant des grandes chanteuses  d’Opéra dont la passion me vint vers la trentaine, un trouble qui me fit me poser des questions en écoutant La Callas,  diva parmi les divas. Pour ceux qui ont eu la joie et le privilège de l’approcher durant ses préparatifs d’enregistrement, que ce soit en chair et en os ou dans une émission de télé, quelle leçon de modestie devant la Musique ! Travaillant surtout les problèmes d’accentuation, lisant et relisant la musique choisie, seule sur un canapé ou sur un lit, gardant à portée de main ses partitions, chantant au besoin à mi-voix tel passage difficile d’une cadence, c’est à un véritable phénomène d’osmose que Maria Callas se livrait  durant  des jours. Lorsque la phrase musicale, la prosodie et la couleur de la musique l’avaient imprégné, c’est alors qu’elle s’occupa à proprement parler de la voix. Par un phrasé que ne coupe jamais à tort la respiration, par des vocalises d’une fantastique égalité parce que coulées dans un même souffle, Maria Callas, née grecque en territoire américain et habitant longtemps en France, donna à la musique française de nouvelles lettres de noblesse. N’est-ce pas une gageure, en effet, que de parcourir les registres les plus éloignés de la voix humaine et de changer d’atmosphère musicale et psychologique tout au long d’un disque ? C’est pourtant l’exploit accompli par Maria Callas dans son premier disque d’opéras français. Eclatant !

 

MADAME JANE CHACUN

 

Oui, j’ai un peu tardé avant d’aborder le souvenir de ma rencontre avec Jane Chacun ! Une parenthèse de temps due à un peu d’émotion en évoquant ces moments avec cette femme reconnue puis oubliée. J’ai toujours eu du respect pour Jane Chacun, même si notre rencontre fut brève et que je connaissais assez mal son œuvre. Dans ces années-là, ma connaissance musicale à l’égard de ses chansons m’était assez limitée, pauvre même. J’ai rencontré Madame Jane Chacun, sur le tard, alors qu’elle ne chantait presque plus, pour ne pas dire plus du tout, et que ses disques n’étaient plus mis en vente. En 1966, Jane Chacun avait 58 ans,  jeune encore, et belle femme. J’ai connu Jane, chez elle, à Saint- Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), la ville où elle habitait. Je travaillais alors pour une importante société dont-elle était cliente. Elle avait fait une commande pour améliorer le confort de son pavillon proche des bords de Marne. Je vins donc de bon matin travailler chez elle. Elle m’attendait. J’étais jeune, mais je connaissais déjà les rouages de mon métier et savais ce que j’avais à faire pour me mettre au travail sans perdre trop de temps avec les clients. Très chaleureuse dès le premier instant de mon arrivée, Jane m’invita à prendre le café. Après cette courte pause je lui demandai où se trouvaient les paquets qui avaient été livrés par ma société pour que je puisse constater que tout soit bien là avant que les ouvriers se mettent au travail. Jane m’indiqua l’escalier pour rejoindre le sous-sol de sa maison. Je descendis les quelques marches. Arrivé en bas, je fus  surpris de voir parmi les paquets qui me concernaient, d’autres paquets remplis de disques 78 et 33 tours dont  j’apercevais les pochettes  débordant des cartons et qui laissaient apparaître des disques noirs brillants, rangés soigneusement, où je lisais sur les étiquettes :   JANE CHACUN - PATHE MARCONI, JANE CHACUN - DISQUES POLYDOR ... Il devait y avoir deux mètres cube de chansons. Pardonnez-ce langage, en vérité je suis très respectueux. Les écrivains savent de quoi je parle, car les éditeurs ne font pas mieux lorsqu’ils veulent se débarrasser d’un surplus de livres invendus. A cet instant même, dans le sous-sol de la maison, je sentis dans mon corps comme un petit ‘vertige’, oh ! presque  rien. Et dans mon esprit siffla une atmosphère rayonnante de bonheur, en apprenant chez qui j’étais. Donc,  je vérifiais  rapidement les paquets concernant  la livraison, pour voir si tout était là, et montait ensuite à l’étage retrouver Jane Chacun et lui dis : « Eh bien ! Vous en avez des disques Madame ? » Elle me répondit: « Oh ! Cela fait belle lurette que je ne chante plus ! Ce sont mes réserves de chansons pour l’éternité. » Et elle continua : «  J’étais la rivale d’Edith Piaf… mais c’est fini maintenant. » Elle parlait, j’écoutais. Je fus bouleversé déjà en découvrant au sous-sol sa tonne de disques et en quelques secondes d’apprendre son identité célèbre, ce qui me laissa dans un état d’homme en vol. Mes chaussures avaient décollé. J’avais la sensation de marcher à cinq centimètres du sol. Oh ! Elle ne s’épancha pas longtemps sur sa vie ! C’était si simple la façon dont elle en parlait. Mais cela avait suffit pour m’atteindre euphoriquement. En fait, c’était une des raisons parmi d’autres qui m’avait un peu troublé ; c’était, qu’en fin de carrière ou plutôt, après un itinéraire  rempli de succès, tout était en voie d’extinction, tout s’était arrêté ou était en voie de s’arrêter, pour la Reine du musette, comme un couperet qui tombe tout doucement, puis net. Elle se leva de sa chaise et sans perdre de temps, sachant bien que je devais travailler, elle voulut me faire plaisir, et s’empressa de tirer d’un de ses rayonnages, derrière le buffet, un de ses disques, qu’elle me  tendit, en me disant : «  C’est pour vous ! » Je regardais ses yeux, en serrant dans mes mains, avec attention, le présent qu’elle venait de m’offrir. La bonté de cette femme se lisait dans son regard, au même moment où elle découvrait le bonheur que j’éprouvais d’être à ses côtés. Mais je lus aussi à la lisière de ses prunelles et dans la profondeur de ses yeux noirs, qu’elle avait un peu perdu de l’enthousiasme qu’elle avait montré au départ. Cela donnait à son visage un brin de lassitude dans de grands yeux ouverts sur un avenir incertain. Son large front pâle contrastait avec sa belle chevelure noire de vedette de la chanson. Je fixai la pochette du disque. La photo de son visage me fit penser à une icône. Comment ne pouvais-je  avoir une éternelle reconnaissance pour Jane Chacun, moi qui avait passé mes premiers bals à danser en province, bercé par la musique  des grands accordéonistes des années 60 : Aimable, Verchuren, Jo Privat, Louis Corchia, Emile Prud’homme, sans vraiment avoir pu les approcher, sinon dans l’enceinte d’une salle de bal. Jamais en vrai. Comment s’y prendre pour devenir familier de ces grands joueurs de piano à bretelles ? Comment  faire pour leur parler, pour les connaître ? Même si, avec leur accordéon, ils m’avaient donné du plaisir et de la joie en une seule soirée ou même toute une nuit, je restais dans la foule, anonyme, toujours anonyme parmi les milliers de danseurs dans la ronde.

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Un disque de Jane Chacun

 

Avec Jane tout avait commencé comme avec une maman. Tout continua comme l’amour d’un fils pour sa mère. Tout continuait, jamais ce ne fus fini. Jamais. Ça continue ! Elle est ma souveraine pour toujours.

En vérité, si je pris goût, dès mon adolescence, à la danse dans les bals de province et si j’avais de l’intérêt pour la musique et les musiciens,  c’est plutôt à cause de l’ambiance et des tourbillons avec les filles. C’est cela  qui me faisait m’appliquer pour apprendre à mieux les tenir dans mes bras, à les serrer pour une soirée, une nuit, jusqu’au prochain bal et je ne sais quoi de plus encore !

Avec Jane, j’étais ému et reconnaissant, sans doute parce que je parlais  pour la première fois à quelqu’un d’important, à une femme célèbre qui parlait tout simplement à unjeune homme de rien, cherchant son itinéraire dans la vie. Je me retrouvais face à une gloire, une artiste vraie, une femme que déjà le monde du spectacle oubliait.

 

 DEBUT DE JANE CHACUN  

 

Lorsque les bals-musette se développèrent dans Paris au début du 20e siècle, atteignant leur apogée entre les deux guerres, ils se regroupèrent dans les quartiers où les Auvergnats s’étaient installés en grand nombre. On pourrait presque parler d’instinct grégaire. Deux pôles principaux sont à distinguer : La Bastille avec la rue de Lappe et le passage Thiéré, le quartier des Arts-et-Métiers dans les rues Au Maire et des Vertus. Ils étaient moins nombreux que dans les secteurs précités ; il faut néanmoins mentionner les abords de la Place Clichy (Abbaye Petit Jardin, Grande Roue) ainsi que Belleville et Ménilmontant (Ça Gaze et Le Boléro).

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Le Tourbillon

 

A l’adresse du 8 rue de Tanger, Paris 19e, très près du boulevard de la Villette, se trouvait un petit bal appelé Le Café Olivia. Ce bal fonctionnait en fin de semaine. En 1926, Albert Carrara (le fils aîné de Vincent Carrara) acheta ce café-bal, le transforma et l’agrandit de façon notable et ajouta le confort nécessaire. Il pouvait y contenir deux cents personnes au bar et autant dans la salle et quatre-vingts danseurs sur la piste. Ce café-bal  prit comme enseigne Le Tourbillon. Albert était un excellent accordéoniste qui dirigeait un orchestre réputé. Avec ses  musiciens, il fit danser jusqu’en 1931, date à laquelle il céda l’affaire à Monsieur Bernard. Celui-ci donna une impulsion nouvelle au bal qui connut un grand succès jusqu’à la guerre de 1939, même s’il continua à fonctionner encore presque plus de trente ans, en changeant plusieurs fois de direction. Son premier orchestre fut celui de Robert Carnero, accordéoniste aveugle, dont Bernard devait dire bien plus tard que c’était un as. Propos bien flatteurs confirmés par Jo Privat qui affirmait que Carnero jouait aussi bien qu’Emile Vacher. Ensuite il y eut Jean Vaissade, auteur de l’inoubliable Sombreros et mantilles, et qui amena Rina Ketty au rang de vedette du tour de chant. Elle vint d’ailleurs quelquefois chanter au Tourbillon. Après Vaissade, ce fut Emile Prud’homme qui s’installa dans le bal. Prud’homme resta près de trois ans au Tourb’ comme on disait familièrement. A cette époque, une inconnue, qu’on appelait la Môme Piaf, vint au bal et chanta, accompagné par Mimile. La première fois où elle demanda à chanter au Tourbillon, Mimile dit en douce à ses musiciens : « Laissons-là venir, on va bien se marrer. » Il est vrai qu’elle ne payait pas de mine. Mais tous furent subjugués par la voix de celle qui allait devenir la grande vedette que l’on sait.

Jane Chacun, surnommée  La Reine du musette  s’y produisit aussi et eut bien sûr ses jours de gloire. Aux heures apéritives du Batifol, lieu de rendez-vous désigné d’un petit monde régi par la musique, la chanson et le spectacle des années 50, étonnante bourse humaine, Vincent Scotto, l’homme aux quatre mille chansons, venait en premier. Derrière la vitrine, sans aucune ostentation, mais tout de même il faut bien se montrer, il tenait table ouverte à une assemblée fidèle où brillaient les chanteuses Benoîte Lab, Germaine Lix, Roberte Marna, Lina Margy et Jane Chacun, reine du musette.

Le Tourbillon, ouvert dès 1926, ferma ses portes qu’en 1968. Si Edith Piaf et Jane Chacun, à leurs débuts, y firent les beaux jours, la très belle Simone Réal, qui travaillait en usine, y venait se distraire le samedi et dimanche. Elle aussi obtint la célébrité. Les qualités de cette jeune fille, sa beauté sublime et son impact sur les danseurs n’échappèrent pas aux dirigeants du bal qui l’embauchèrent pour chanter avec l’orchestre en fin de semaine. Elle y resta dix- sept ans, jusqu’à la fermeture du bal en 1968.

Jane Chacun avait commencé  à percer en même temps qu’Edith Piaf, à la veille de la guerre, en 1939. Piaf, démarre à L’ABC, Jane, devint vedette au célèbre Mimi Pinson, où sa robe noire (tout comme celle de Piaf)  et son foulard rouge en firent la reine du musette. Quelle reine ! 

Mais bien avant ses débuts fracassants, au Mimi Pinson, Jane avait été reconnue dans tous bals célèbres de Paris et banlieues. Au Boléro, à La Java, La Boule Noire, Au Balajo, au Bal des Gravilliers, au Ça Gaze et au Boléro, célèbres bals de  Belleville et Ménilmontant, au Tourbillon, bien sûr, chez Gégène à Nogent-sur-Marne.

 

FIN D’UNE ROMANCE

 

Jane Chacun est partie en janvier 1974 pour l’hôpital de Créteil  d’où elle rejoignit les étoiles. C’était le 29 janvier. Triste janvier auquel je pense sans oublier ces grands yeux attendrissants, cette voix qui m’était familière et cette émouvante  simplicité qui m’avait tant ému un jour de l’année 1966.

Trois ou quatre fois, j’étais revenu la saluer chez elle, et à mes rares apparitions Jane me disait toujours : « Revenez vous avez un si joli prénom ! » Des années plus tard, de retour à Saint Maur-les-Fossés, j’appris par ses voisins qu’elle avait chanté pour les riverains des bords de Marne et ses amis dans les bistrots de Saint-Maur. Cela  quelques mois avant que la vie ne la quitte. Bienvenu Merino

 

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mercredi, 18 août 2010

STEPHEN CONTREBASSISTE A COURONNES/ATTITUDE BRITISH BELLEVILLE-MENILMONTANT


Stephen - Couronnes, Paris 20eme

lundi, 09 août 2010

LE GRAND TCHAVOLO SCHMITT NOUS OFFRE MENILMONTANT

vendredi, 30 juillet 2010

LE MIRIFIQUE GUS VISEUR ACCORDEONNE MENILMONTANT

vendredi, 11 juin 2010

MAURICE DULAC/MOMO SONG/BELLEVILLE

lundi, 01 février 2010

AVIS A LA POPULASSE

 

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jeudi, 14 janvier 2010

QUI ETES-VOUS BIENVENU MERINO ?

 

 

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Guy Darol : Il n'y a pas que  la pratique de l'écriture et de la marche qui traverse ta vie. Ne serais-tu pas également dessinateur, peintre, photographe et cinéaste ?

Bienvenu Merino :  Je suis un touche-à-tout.  C'est probablement cela qui m'éloigne de la réussite et du travail bien accompli. Dans mon âme, l'amour de bien faire est divin,  donc, s'il n'y a pas de discipline et de travail bien fait, je ne peux pas être totalement satisfait. Ceci vaut pour les  travaux  que j'ai entrepris et qui me tenaient à cœur.  Tout est lié. La photographie m'apporta, durant les années de voyage, beaucoup de plaisirs, puis peu à peu elle s'éclipsa pour être remplacée par la peinture et le dessin. Quant au cinéma, ce fut un déclic qui surgit comme un boum, après m'être intéressé à une période de l'histoire de France si souvent auscultée dans ma mémoire. Ma première expérience au cinéma n'est pas encore terminée puisque le montage de mon film n'est pas achevé. Mais faire tout, tout seul : écriture du scénario, repérages des lieux, recueillir des fonds, chercher des acteurs, des figurants, des techniciens, faire la mise en scène, le secrétariat, l'attaché de presse, ce n'est pas toujours facile. 

G.D. : Quels sont les écrivains qui regardent par-dessus ton épaule lorsque tu te trouves à ta table de travail ?

B.M. :  Ma table de travail est vaste. En vérité, je suis plus un véritable promeneur qu'un écrivain. A proprement parler, je n'ai pas de méthode bien précise. Aller sur le terrain m'apporte en général l'essence même de mes écrits. Etre écrivain, c'est  un sacerdoce, comme Gustave Flaubert qui ne procédait que par notes précises dont il avait scrupuleusement vérifié l'exactitude. Il se condamnait à fréquenter pendant des semaines les bibliothèques jusqu'à ce qu'il ait trouvé le renseignement désiré. Il ne reculait pas devant l'ennui de lire vingt ou trente volumes traitant de la matière. Il ira en outre interroger  des hommes compétents,  poussera les choses jusqu'à visiter des champs de culture, se rendra sur les lieux, y vivra.  Ainsi, pour le premier chapitre de L'Education Sentimentale qui a comme cadre le voyage d'un bateau  à vapeur remontant la Seine de Paris à Montereau,  il a suivi le fleuve en cabriolet, le trajet ne se faisant plus en bateau à vapeur depuis longtemps ! C'est fou ! Je ne dis pas qu'il était dingue, mais il avait cette passion, celle que j'ai dans les voyages et dans la marche toute simple qui m'a conduit à l'extrême, naturellement,  avec fascination et  plaisir. Toutefois, bien des écrivains m'ont marqué, et je laisse à mes lecteurs le soin d'apprécier certains de mes auteurs favoris qui m'ont influencé et qu'ils découvriront eux-mêmes, en me lisant. Cependant Antonin Artaud et Georges Bataille et les œuvres du CHE, pour une autre raison, surtout  la lecture de son Journal de Bolivie,furent déterminants.

L'écriture de Diarrhée au Mexique est assez brute, dans le sens où la matière est tirée du vécu et si elle détonne encore et toujours c'est que la vérité je suis allé la chercher au fond de moi, dans la douleur ; récit qui choqua, qui choque encore, et qui choquerait en 2007 comme m'avait dit Éric Dussert avant la sortie du livre, lequel est à l'origine de la troisième publication, ce  qui m'encouragea à continuer afin de n'être pas l'auteur d'un seul livre.

G. D. : Tu vis désormais à Paris. Le globe-trotter est-il encore un promeneur invétéré ?

B.M. :  Je commencerais par te répondre par ces lignes de Platon, extraites de l'Apologie de Socrate. « Les hommes peuvent être heureux en demeurant attachés à une forme de vie immuable, que la musique et la poésie n'ont pas besoin de créations nouvelles, qu'il suffit de trouver la meilleure constitution et qu'on peut forcer les peuples à s'y tenir ».

Voyager fut toujours ma passion car je trouvais dans ce mode de vie et de vivre une belle manière de découvrir, d'apprendre, d'étudier, sans contraintes, ce que je n'avais pas fait dans mon enfance et mon adolescence. Enfant, je n'eus pas  une scolarité exemplaire.  Dès mon plus jeune âge, je n'étais pas un fervent de la discipline, j'étais bien plus attiré par les dormeurs à la belle étoile et les bergers. C'est à mon retour d'un  long voyage que j'eus l'envie et le besoin de conforter certains acquis appris de la route, en  étudiant quelque peu à l'Université. Je ne dis pas, comme Flaubert, que le seul moyen de supporter l'existence, c'est de s'étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle.

La vie de voyage s'était ancrée en moi car toujours elle fit partie de mon existence, un peu comme les gitans qui se meuvent continuellement à travers le monde depuis leur naissance. Même si, aujourd'hui,  mes voyages ne me mènent plus aussi loin, très souvent ça passe par l'écriture, une manière de traverser les choses et de vivre différemment. Les yeux sont peut-être moins éblouis par la beauté du spectacle comme l'étaient ceux du voyageur incorrigible que j'étais.  J'ai une façon différente de voyager  dans l'écriture et je sais que je n'ai pas encore tout puiser de mon vécu  et c'est devant les pages blanches que je gribouille  à ma table de travail que je perpétue ce qui était ma vie d'explorateur.  J'habite à  Paris, entrecoupé de quelques  escapades, cependant j'ai gardé cette habitude de persévérer dans cette irrépressible envie de marcher pour encore et toujours découvrir ma ville et  mieux comprendre le monde qui m'entoure. Je suis un inlassable marcheur solitaire.  Marcher m'est nécessaire. Le globe-trotter que j'étais est devenu un simple homme qui marche. Hier encore, mercredi 22 décembre, je suis revenu de banlieue, d'Ivry,  à pied, en essayant de longer la Seine avec ses hautes cheminées d'usines chapeautées de glace, et ces péniches tranquilles, amarrées sur les berges où, quand elles  coulent nonchalantes sur le fleuve  lent,  recouvertes d'un peu de neige comme si c'était seulement cela qu'elles transportaient tant elles flânaient, écrasant les vaguelettes de leur chargement invisible en allant jusqu'au Pont de Tolbiac, un des de mes anciens quartier. Je fus enchanté de  suivre la rivière sous la neige. C'était un vrai conte de Noël. Que d'histoires j'ai revécu, que de nouvelles envies m'ont donné le désir de repartir vers l'inconnu.

Virginia Woolf, la belle rêveuse londonienne, Jean Giono, Julien Gracq, Jacques Réda, dans Marchons sous la pluie, Jacques Lacarrière, Karl Gottlob Schelle,  Arthur Rimbaud, Léon-Paul Fargue, Walter Benjamin, Henri Calet, André  Hardellet ont fait cela bien avant moi. Mais, c'est sans doute de Don José Merino Martin Campos, mon père, que je tiens  l'incroyable invention de savoir aller par les chemins et par les routes. Il commença, jeune, très jeune, avant ses dix ans. De Malaga à Madrid, de Madrid à Barcelone, de Santander à Algesiras, il accompagnait les chevaux, à pied, marchant à leurs côtés, de jour et parfois de nuits, dans la beauté des paysages. Je ne compte pas le voyage forcé par l'exil, celui qui lui causa tant de désagréments, LA RETIRADA DE MALAGA,  guerre entre hommes du même pays, d'un  même village et parfois d'un même clan familial, mais il sut cheminer, armé de fusil ou sans fusil, et faire magnifiquement son très long parcours, celui dont il apprit ce qu'étaient les hommes et les femmes dans des combats féroces, dans la douleur et  la défaite, dans le camps des vainqueurs et dans celui des vaincus, sur la route qui le conduisit vers les hommes libres.

G.D. : Crois-tu que la culture underground ait quelque chose encore à voir avec la pratique des blogs ? Et cette pratique est-elle une chance pour le développement de la pensée et de la création ?

B.M. : Oui, bien sûr, et elle  se  pratique aussi avec les blogs. C'est  un mouvement parallèle, hors des circuits officiels normaux du commerce et de diffusion. On devient underground  par la force. Ce sont les maffias du show-biz, de l'art subventionné qui obligent l'artiste à prendre cette tangente. En luttant contre l'establishment qui souvent met le créateur à l'écart, on doit trouver la solution pour se faire entendre ou être lu et par ce moyen  il lui est possible enfin de dire ce qu'il ne pouvait pas, d'enlever le frein qui ne permet pas de s'exprimer. Les censeurs dans notre société existent, la diffusion par les blogs permet de résister contre ceux qui sont au pouvoir, contre certaines pressions qui obligent l'artiste à trouver d'autres solutions pour mieux se faire entendre et exister enfin. Le moteur de l'underground, dès ses débuts, a été l'exhibition du corps, la transgression des codes sociaux, montrer ce qui est « caché » et le faire venir à la lumière. C'est une avancée importante pour la communication et la liberté d'expression. Underground et blogs ça fonctionne  de pair. Tu peux imaginer pourquoi je n'envoyais plus mes manuscrits aux éditeurs, pourquoi certains de mes « textes monstrueux » sont  passés à l'oubliette, ignorés ou simplement jetés au feu de la non-prospérité.

G.D. : Préfères-tu l'ombre à la lumière ?

B.M. : Souvent je me sens dans lumière, même si je vais sur la route sans que personne ne soit au courant ni me reconnaisse. Je vais, fidèle à un certain idéal. J'essaye de faire ce dont j'ai le  plus envie, c'est ma manière de marcher à la lumière.

 

 

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Bibliographie de Bienvenu Merino

 

Prière

(Nouvelle)

 Manifeste de la Délinquance Littéraire

Cahiers Zédébis, 1975

 

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Situations Normales

(Nouvelles)

(Cahier des Hirondelles), 1975

Fleurs et Chant d'Espoir du peuple d'Espagne

(Poème (l'agonie d'un dictateur)

Les Cahiers St Germain des Prés, 1976

 

Plus édition originale accompagnée d'une gravure de l'auteur

Atelier Say, 1996

Satisfaction

et autres nouvelles

Revue Le Gué,1976-1977-1978

Extrait d'un voyage dans les excréments

ou

Diarrhée au Mexique

(nouvelle)

Editions du Peuple,  1976

(épuisé)

 

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Réédité par Les Cahiers Lolita, préface de Gérald Scozzari, 1977

Scènes

(nouvelle)

Livre d'artiste, 1996

 

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Qui sera libre demain ?

Gravures de 10 artistes plasticiens

Portfolio

Atelier Say, 1996

 

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Ana

Poème et champs de mots

Préface de Emilio Sanchez-Ortiz

Isabelle Venceslas, 1995

(épuisé)

Descendre au cercueil

(Ouvrage sur auguste Pinochet)

Dessins à l'encre de l'auteur

 Préambule

Lettres des  femmes prisonnières politique de la prison

de haute sécurité de Santiago de chili

Connaissance, 2000

 

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O, voyelle

D'après une œuvre sur acier de l'auteur

Portfolio

Isabelle Venceslas, 2002

 

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Traces de plantes fossilisées

Carnet des mines, Graissessac-Hérault

Avec traces et dessins de l'auteur

Ouvrage personnel,  tirage limité, 2005)

Diarrhée au Mexique

ou

Extrait d'un voyage dans les excréments

(Nouvelle)

(Préface de Éric Dussert)

Atelier du Gué, éditeur 2006

 

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Ensayos sobre el placer de la Felaçion

Essai sur le plaisir de la fellation

Editions espagnole et française avec photos et dessins de l'auteur

Coffret, d'Artiste, 2007

 

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Lignes Noires

(Encres et  dessins)

Isabelle Venceslas, janvier 2010


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mercredi, 13 janvier 2010

QUI ETES-VOUS BIENVENU MERINO ?

 

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Guy Darol : La réédition, en 2006, de Diarrhée au Mexique, a été suivie d'échos plus que favorables. Ce livre a été couvert d'éloges et cependant c'est l'arbre qui cache la forêt, car ton activité d'écriture est riche de plusieurs volumes. Peux-tu nous en parler ?

Bienvenu Merino : Oui, quelques critiques littéraires ont réservé un bon accueil à mon livre et c'est une chance de savoir qu'il ait touché et  conquis  autant de lecteurs. Mes autres livres sont bien plus sages, tout en étant fidèles à mes convictions politiques et à mes expériences  d'éternel homme qui marche.

J'ai peu publié. Pendant presque vingt ans je n'ai plus envoyé de manuscrits aux éditeurs, alors comment veux-tu que l'on me lise ? La peinture de tableaux avait pris le relais, alternant des travaux de décoration  et de construction de lieux et scènes de théâtre. J'étais ouvrier pour gagner ma vie. Puis la fête et les rigolades, les bistrots de Paris où naissaient les rencontres aventureuses  me portaient au zénith d'une gloire acquise par mon manque assidu à l'écriture et à toute relation avec le système éditorial. Je vivais  bien, cela me convenait assez la vie faite de plaisirs. J'étais doué pour la danse et les jeux de séduction qui m'apportaient  plus de bonheur. A 19 ans, durant mes deux années de pratique de la  boxe, j'appris à travailler mon jeu de jambes. Le direct du gauche et l'uppercut me donnèrent plus de confiance. Je me mouvais à la manière de Ray Sugar Robinson dansant sur un ring. Mes amies spectatrices qui suivaient mes combats se sentaient protégées. Très entouré, je me perdais avec elles dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés.  Comment veux-tu que je puisse travailler consciencieusement l'écriture ? Pour bâtir une œuvre, "c'est chaque jour qu'il faut se poster devant la page blanche", me disait mon ami écrivain Emilio Sanchez-Ortiz, alors qu'après quelques verres à La Coupole et au Sélect puis dans les petits bals bretons du quartier de  Cambronne, nous allions guincher non sans avoir passé deux ou trois heures  avec mon ami le batteur Jackie Bouissou qui jouait au River-Boat  avec  Claude Luter, rue de Rivoli, et avec  Marc La Ferrière et Maxime Saury au Caveau de la Huchette. La belle vie en somme car en ces moments-là la littérature venait après la fête. La lecture m'était bohème et je devais faire des efforts afin de continuer à lire et à étudier sérieusement. En fait, c'était mon "manuscrit de vie", mon livre de chair. Un laisser-aller impardonnable si l'ont veut écrire vraiment. Henry Miller mena cette vie et je me demande comment il trouva du temps pour réussir à accomplir une œuvre aussi solide et si intéressante. Mes vrais manuscrits sont rangés aux rayons de l'oubli, certains en partie inachevés ou à corriger. Ce peu de ma fortune ne peut intéresser un éditeur, croyais-je longtemps. Dans leur état actuel, où ils racontent des moments de vie égarée entre splendeur et jouissance, ce sont des manuscrits pas vraiment aboutis.

Pour mes  livres parus, la grâce s'est trouvée sur ma trajectoire, mais souvent en faisant personnellement  un travail de grand écolier studieux et appliqué qui, tout petit homme, eut quelques rêves passagers pour se prouver à lui-même qu'il pouvait vraiment se faire plaisir et pouvoir  se sentir devenir écrivain. Tout cela me donne parfois de l'énergie pour donner à ma vie la satisfaction qui emplit mon cœur et  m'aide à m'appliquer à exprimer ce que je vis. Les pétards mouillés ne peuvent jaillir et faire des étincelles que si le désir de bien les sécher correctement existe. Je crois que j'ai préféré vivre avant tout. Existence de chevalier, entouré de nymphes, mais c'est ainsi que jamais la solitude ne m'a gagné. Ecrire des livres vous plonge dans les souterrains et les puits de la recherche de la vie fabriquée de  livres.  J'ai eu la chance partout dans le monde de rencontrer ce que jamais je n'avais espéré. La littérature ne me manqua pas ; si le besoin d'écrire me prenait, j'avais toujours un crayon et du papier pour exercer mon envie, sinon,  je contemplais le ciel, la mer, les arbres, les cimes des montages, et surtout, tout être humain sur mon passage, quel qu'il soit. Je pouvais lire dans les yeux et sur les visages le sommet de la bonté ou bien y découvrir la pire des crapules. Mais même si les livres sont mes amis, rien ne vaut ces hommes ou femmes rencontrés dans mes voyages qui avec génie m'ont offert ce qu'il est impensable que l'on puisse donner et  détacher du cœur : leur amour, quitte à se dépouiller de tout ce qu'ils avaient en leur possession. C'est eux qui m'ont le plus appris, mieux que ce je pouvais apprendre dans les livres et à l'université. Le bonheur tout simplement. Voilà sans doute pourquoi écrire des livres ne m'est pas obligé, ni un besoin nécessaire, même pas vital, ni un métier.

Ecrire n'est pas pour moi une nécessité, je lai toujours su, j'avais d'autres cordes à mon arc. Voilà pourquoi, l'ours qui est en moi s'est mieux habitué à un environnement hors des sentiers battus, peut-être de crainte de déranger son voisinage postulant au succès de la renommée et à l'aliénation, ce que sans doute j'ai toujours su éviter sans crier gloire ni déception. Non, surtout, ne pas me faire voler mes ardeurs, mon souffle, mon enthousiasme et ma liberté, ce qui donne à ma personnalité ce rien de riche qui m'est tout.

 

G.D. : Les billets que tu publies régulièrement sur Rien ne te soit inconnu et Rue du Pressoir attestent que tu as approché de grands noms de la vie culturelle et politique. J'observe toutefois que tu es l'opposé d'un mondain. De quelle façon se réalisent ces rencontres ? Quelles sont celles qui t'ont le plus profondément marqué ?

B.M : J'ai rencontré quelques grands talents du showbiz, comme Compay Secundo qui était mon ami, et le fils et la fille de Violetta Parra, Angel et Isabel, merveilleux interprètes, réfugiés en France après le coup d'Etat au Chili,  mais c'est  surtout des peintres  et des  artistes avec lesquels je suis le plus  lié. Aussi, ayant un de mes frères comédien, et un autre militant,  cela me facilite les rencontres.  Les hommes politiques rencontrés  avec qui j'eus un vrai contact, sont assez rares. En 1970, j'ai approché Salvador Allende pendant sa campagne Présidentielle, cela grâce à des amis du MIR (Movimiento d'Izquierda Revolucionaria), et je fus invité à une de ses marches légendaires avec les paysans, à Osorno et à Valdivia, dans le sud du Chili. Dans les années 1970, il existait une telle peur, dans certains pays d'Amérique du Sud, que la Gauche arrive au pouvoir au Chili, que pour moi, il était inconcevable que je n'accepte pas l'invitation de mes compagnons militants chiliens d'être auprès d'eux et de leur leader à la Présidence  de la République. Le souvenir de Salvador Allende est celui de sa simplicité, de sa gentillesse et de sa conviction  absolue qu'il allait gagner les élections et être élu Président du pays. Tout le monde connaît la suite.

Moi qui voulait être discret, c'est raté. Je ne vais pas cependant tout t'avouer. Mais  je ne résiste pas. Voici arrivé un instant de grâce. Un vrai conte de fée.  Je veux  te parler de Monica, la compagne de mon frère Emmanuel,  jeune femme et attachante qui fit son entrée glorieuse dans notre modeste clan familial, et pour qui nous avons beaucoup d'estime et d'admiration. Monica Justo est la petite-fille de Pedro Agustín  Justo, Président de l'Argentine de 1932 à 1938. C'est quelques années après, durant mon séjour à Buenos Aires, que j'appris vraiment qui était la famille de Monica, son grand-père, Président, et le père de ma belle sœur, Liborio Justo,  écrivain et leader  du Trotskisme durant un demi siècle, qui vécut jusqu'à cent et un an et qui est décédé il y a peu de temps.

Donc, de fil en aiguille, notre  famille s'agrandit, un mélange d'artistes des Beaux-Arts, comédien, chanteuse, cantador flamenco, belle-sœur, petite fille de Freddo Gardoni, accordéoniste célèbre, banquier, médecin, juristes, avocats, enseignants ou ouvriers de la politique universelle, ouvriers tout court, sportifs. Comme je te disais, Guy, c'est  la chance. Plus nous sommes de frères et sœurs, plus nous rencontrons de monde, gens connus, ou simples citoyens méritants.  Parfois nous  débarquons à dix, douze, dans un vernissage ou un cocktail  au Théâtre de Chaillot ou à l'Odéon, pour la première d'un spectacle de mon frère Louis, et nous continuons la soirée dans la fête et la bonne humeur. Mais aussi, parfois, cela nous arrive, d'accompagner un ami pour son premier voyage en cercueil,  son dernier dans la mort, porté sur des épaules des frères andalous-périgourdins en chantant les honneurs que mérite le défunt.

Ma rencontre avec Dennis Hopper et Peter Fonda  ainsi qu'avec d'autres acteurs américains, eut lieu dans des circonstances invraisemblables au carnaval de Oruro, au Pérou, au milieu des fameuses  Diabladas, uniques dans le pays. Dennis et Peter venaient de terminer le tournage d'un film, près du Cusco, à Chinchero, et c'est par hasard, en revêtant une peau d'ours en guise de déguisement, en compagnie de deux de mes amis, avec l'intention d'aller dans les rues de la ville en fête que nous nous sommes rencontrés, face à face, habillés en animaux.  Parfois, c'est très simple, tout s'enchaîne. Je repartis le lendemain avec eux en taxi, de Oruro à la frontière bolivienne, le long du splendide lac Titicaca, jusqu'au village frontière, Copacabana, et c'est ainsi que je j'eus la chance d'être avec eux, avec leur enthousiasme pour passer la frontière, ce qui n'était pas très facile en ces moments-là avec un passeport Français, car Régis Debray, sympathisant du CHE, c'est-à-dire, d'Ernesto Guevara, était emprisonné à Camiri, Bolivie,  pour  les raisons politiques que l'on connaît. A la frontière, comme tout le personnel de la douane savait qui était Peter fonda, je n'eu absolument aucun problème à rentrer dans le pays. On ne me demanda même pas mon passeport.

 

peter fonda.jpg

 

Aussi, je dirais quelques mots sur ma rencontre avec le magnifique acteur  du film  Les Enfants du Paradis, Jean-Louis Barrault, à la Cartoucherie de Vincennes, où je travaillais sur les décors d'un spectacle qui allait être donné en Avignon. Personne, parmi nous, techniciens et comédiens,  ne s'attendait à le voir arriver. Surtout, nous pensions qu'il n'avait aucune raison pour que nous le retrouvions devant nous, tout souriant. En fait, Il était venu féliciter la troupe, du travail qu'avait accompli le Théâtre de l'Aquarium, dans la l'immense hall qui lui avait appartenu et qu'il avait légué à la jeune compagnie pour laquelle nous travaillions.  Ce jour là, il fit une distribution de présents inattendus. Moi, j'héritais, entre autres,  d'un de ses habits de scènes, un smoking noir splendide que je devais porter durant plus de vingt ans, plutôt fier du cadeau dont il m'avait honoré.

Mais un de mes souvenirs inoubliables et qui n'a rien à voir avec une personnalité culturelle, date de 1966 dans le désert du Sahara, le grand Erg de la Soif, où, affaiblit physiquement  par le manque d'eau et craignant ne pas arriver à temps au premier village pour m'abreuver, j'eus l'immense chance de me trouver face à mon sauveur, le caïd du village, qui je ne sais comment, descendit ,  pied après pied, sans chaussures dans un puits profond de  plus de vingt mètres et remonta à la surface avec un seau d'eau. Je puis t'assurer que l'eau était fraîche et la meilleure que je n'ai jamais bu.

Pour revenir à ta question sur "l'opposé d'un mondain", oui, tu as parfaitement raison. Je n'aime guère tout ce qui relève de la haute société, non très peu pour moi. Je n'apprécie  pas les habitudes de la vie bourgeoise et leurs divertissements qui ont attrait au luxe et aux plaisirs de la table même si j'ai grand plaisir à  faire un bon repas  en famille ou avec des amis. Dans les phrases qui précèdent,  j'ai donné un aperçu de mon mode vie.  Pour moi, les rencontres me sont assez faciles pour ce qui concerne l'art et mon attirance de la vie  avec les hommes et les femmes que je rencontre. « Faire de la vie un chemin d'épanouissement, la vie doit toujours devancer l'art, une activité parmi bien d'autres, la vie doit être considérée comme une œuvre d'art potentielle ».

(A suivre... demain !)

 

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Emmanuel Merino et Monica Justo

 

 

 

 

 

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