06 octobre 2011
MICHEL DANSEL SE SOUVIENT DE BELLEVILLE

« J’ai toujours eu une tendresse particulière pour la rue du Pressoir, de vineuse réputation. Et chaque fois que j’y passais, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux moines de Saint-Martin-des-Champs qui possédaient là un pressoir. Et quand j’entrais dans un café pour y lever le verre à la santé de Bacchus, j’avais pleinement conscience que, depuis le Moyen-âge, la relève avait été maintenue. Cette rue a été malheureusement massacrée sans raison autre qu’un objectif spéculatif ».
Ces lignes sont de Michel Dansel, fondateur de l’Académie internationale du Rat, l’un des spécialistes du poète morlaisien Tristan Corbière et explorateur nyctalope de Paris et de ses faubourgs. Nous connaissions ses invitations à consentir au Paris incroyable (Editions Hachette, 1987), à arpenter différemment le Cimetière du Père-Lachaise (Au Père-Lachaise, Editions Fayard, 1973 puis 2007), voici que l’homme aux chaussettes rouges (parfois est-il ainsi surnommé) remonte le pavé des rues (celles de Belleville) et les aiguilles du temps (très haut vers 1940).
Il ne surprendra personne que ce défenseur des muridés féconds émette dans cet ouvrage une théorie sur le rat ayant justifié la destruction de la rue du Pressoir et de ses adjacentes. Michel Dansel les a souvent croisés en « son » Belleville sans que leur présence ne justifie à ses yeux qu’on (les promoteurs) saccage (et le verbe est faible) un faubourg rattaché à Paris en 1860 et où se sont attachés Arméniens rescapés du drame génocidaire et Juifs d’Europe centrale : Polonais, Allemands, Hongrois, Tchécoslovaques, Ukrainiens … De cette géographie accueillante, sorte d’île propice au sauvetage, Michel Dansel nous parle le cœur battant. Il rappelle que ce quartier (auquel il lie évidemment Ménilmontant) fut de tout temps dédié à la contestation, y compris l’anarchie. Qu’on ne s’étonne pas qu’il ait été pris pour cible par les chirurgiens normatifs !
Trente ans de souvenirs jalonnent ce livre. C’est assez pour que Belleville revive au temps de ses artisans nombreux, de ses marchandes des quatre-saisons, de ses attelages tirés par des percherons, de ses livreurs de pains de glace, de ses « accordéonistes aux larges bretelles» … « A Belleville, ceux qui étaient prioritairement de mon bief, de ma croisière, de mon rivage, de mon sillage étaient des artisans, des artistes, des saltimbanques, des déracinés, des marginaux positifs ». Le ton est donné. On voit par quel côté Michel Dansel remonte le temps.
Des exhalaisons reviennent, le son mat de très vieux outils, des trilles quelquefois familières. Certaines couleurs sont tout à coup repeintes. Des lettres se forment qui rappellent, au-dessus d’un commerce aujourd’hui disparu, un rendez-vous autour du zinc. Le café Au cadran populaire n’existe plus, emporté avec la rue Vilin par les mâchoires de la salubrité.
Michel Dansel se veut avant tout un piéton nocturne. C’est donc nuitamment qu’il ausculte Belleville sans être jamais tombé dans un piège d’Apaches ou de mauvais garçons. Jamais il ne vit briller une lame de couteau mais tant de pavés reflétant le faisceau pâle des réverbères brillent comme des miroirs. Et l’on voit s’animer rue des Couronnes, rue des Envierges, rue Julien-Lacroix, rue Ramponeau, rue de Belleville, rue des Cascades, sans que leurs façades écaillées ne constituent une menace. Rien n’est susceptible de s’effondrer ici. Tout tient magnifiquement debout dans son palais de mémoire. Et nous sommes empoignés par d’émouvantes réminiscences. Ainsi, dans un chapitre évoquant la Porte des Lilas (car Michel Dansel s’écarte généreusement d’un Belleville que l’on croirait étroit), nous sommes brusquement assaillis d’images en mouvement. C’est le marché aux puces que l’on voit vivre et que l’on avait quelque peu oublié. Je le vois distinctement. Je m’y promène, ma main d’enfant accrochée à celle de mon père. Et ce sont, « à même le bitume », des brimborions qui se mettent à danser, ceux que proposent à la pauvreté de nos bourses, « marchands de rien », biffins, chiffe-tire vendant « une vieille paire de chaussures éculées, un livre maculé et tout écorné, une ventouse avec encore un morceau de coton à l’intérieur, une assiette ébréchée, un corset élimé (…) yeux de poupée, réveille-matin veufs de leurs aiguilles, insignes oxydés aux couleurs ternies qui dataient de la guerre 14-18, vieux jouets qui avaient dû faire les délices de plusieurs générations de marmots ». Les souvenirs de Michel Dansel se composent d’étranges pépites. Pour nous, flâneurs à rebours, dans le paysage de l’enfance, elles s’assemblent comme un trésor. Nul doute que ce livre, aussi capital que les récits de Clément Lépidis ou un album d’Henri Guérard, constitue une fête, un réconfort et pour tout Bellevillois un événement majeur. Michel Dansel, grand écrivain, est l’ami qu’il convient de saluer. Guy Darol
BELLEVILLE
HISTOIRES ET SOUVENIRS
1940-1970
Michel Dansel
Bernard Giovanangeli Editeur
160 pages, 17 €
☛ LE SITE DES EDITIONS BERNARD GIOVANANGELI
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11:06 Publié dans EN LISANT EN CHANTANT | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : michel dansel, belleville 1940, belleville 1970, rue du pressoir, rue ramponeau, rue des couronnes, rue de belleville, rue vilin, rue julien-lacroix, clément lépidis, henri guérard |
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01 août 2011
LES JUIFS DE BELLEVILLE

La sortie des écoles rue des Maronites, vers 1908
A plusieurs reprises, sur ce site, divers intervenants ont rappelé combien Belleville était un quartier d’immigration : italiens, polonais, arméniens ... Et aussi juifs d’Europe Centrale puis de Tunisie et plus marginalement du Maroc et d’Algérie. Une des raisons majeures de cette concentration d’immigrés est que Belleville (et son annexe Ménilmontant) était un quartier pauvre, avec des loyers abordables.
S’agissant des juifs d’Europe Centrale (Bessarabie, Bucovine, Ukraine, Russie, Pologne), les premières migrations eurent lieu dans les années 1920 après les premiers pogroms en Pologne. La venue à Paris était souvent précédée par un passage à Berlin dans le ghetto de la Grenadier-strasse.
En Pologne et en particulier en Galicie, l’information qui circulait alors mentionnait le besoin de main d’œuvre en France et surtout à Paris. Des agents recruteurs parcouraient aussi la Pologne à cet effet. C’est ainsi qu’une population laborieuse vint, beaucoup de polonais de souche vers le Nord, pays de mines et beaucoup de juifs polonais vers Paris pour les travaux d’artisanat. Trois quartiers de prédilection pour accueillir ces nouveaux venus : Montmartre et Saint-Paul pour les plus nantis ainsi que Belleville pour les plus pauvres.
Très vite, pour faire face aux aspects religieux, le baron de Rothschild fit construire une synagogue.
Par ailleurs ces populations avaient le besoin de se rencontrer pour échanger leurs souvenirs de Pologne, parler politique ou plus simplement «boulot». Un premier lieu de rencontre fut, à Ménilmontant, chez l’horloger-bijoutier Scholem. D’autres lieux de Belleville-Ménilmontant virent le jour, dans des cafés, dans des boutiques ou ateliers d’artisans.
Un peu plus tard, la création de la « Ligue pour la culture » mis fin à ces rencontres «en boutique» au profit de rencontres plus structurées et organisées dans un grand local dans le secteur République.
Mais pour ceux qui étaient moins intellectuels, moins politiques, il existait un lieu « magique » où l’on se retrouvait « au pays », c’était le Boulevard de Belleville. Ce lieu de rencontre très apprécié des juifs de Belleville était encore très utilisé après la seconde guerre jusque dans les années 1960.
Ces véritables rassemblements très paisibles s’étendaient sur le Boulevard, depuis la rue de Belleville jusqu’à la rue de Pali-Kao, mais la plus grande densité était incontestablement entre la rue Ramponneau et la rue Bisson.
J’ai bien connu, dans les années 1950, ces rassemblements qui avaient lieu chaque dimanche matin. Nous, nous sortions de la messe, dans notre chapelle au 55 Boulevard de Belleville, au coin de la rue de la Fontaine- au-Roi et l’on pouvait voir le trottoir d’en face noir de monde ! C’était une curiosité et très souvent, on allait se faufiler entre les groupes. Ils « jaspinaient » une drôle de langue qui ressemblait à l’allemand. J’appris plus tard que c’était du Yiddish, une langue vernaculaire qui permettait à tous les juifs d’Europe d’échanger entre eux quels que soient leurs pays d’origine.
(Ayant appris à parler allemand beaucoup plus tard, vers 25 ans, je me suis aperçu que je comprenais 70% d’une discussion ou d’un film en Yiddish !)
Les rassemblements se faisaient par affinité ou par thèmes de discussion. Ici un groupe « chaussure » ou « tailleur » là, un groupe originaire de Bolechow ou Lwow (Galicie), là encore un groupe plus familial dispersé sur toute la région parisienne. Hé oui, à Belleville, le dimanche matin il y avait du monde qui venait des quatre coins de Paris !
Parfois avec mon pote Alain nous n’allions pas à la messe, mais à la pêche, Canal Saint-Martin. Lui était plutôt « poisson » donc il amenait ses gaules et son épuisette, moi j’étais plus « écrevisses ». Nous étions jeunes et cons et l’on s’amusait à traverser ces rassemblements avec les cannes. Tous s’écartaient pour nous laisser passer. On trouvait cela marrant ! Parfois cela râlait, mais jamais on nous a botté les fesses !
Dans les années 1960, les juifs d’Europe Centrale (Ashkénazes), dont la situation s’était améliorée avec le temps, migrèrent vers des quartiers plus chics (Grands Boulevards, Sentier, Saint-Paul). Ils laissèrent ainsi la place aux juifs en provenance d’Afrique du Nord (Séfarades). Nous étions dans les années de fin de colonisation.
Moi-même, j’ai dû quitter le quartier en 1969, date à laquelle je fus expulsé de mon immeuble pour cause de rénovation.
Souvent ma grand-mère m’avait parlé des juifs et des grandes rafles de Juillet 1942. Ma famille, à cette époque, habitait au 2 rue Vilin et elle avait vu le quartier se vider de sa substance le 16 Juillet 42. J’avais vu par ailleurs des tas de films sur le sujet et j’étais donc parfaitement au courant de cette tragédie.
Dans les années 1970, la vie professionnelle m’a amené à Besançon.
Souvent, je « montais » à Paris pour des réunions de travail au Ministère de la Santé ou dans ses « annexes ». Il m’arrivait alors d’avoir un peu de temps libre entre une fin de réunion et l’heure de mon train, gare de Lyon. Alors, dès que je le pouvais, je fonçais dans mon ancien quartier, pour renifler, déambuler et même aller chez mon ancien coiffeur, « Gérard », rue des Couronnes. Il m’arrivait de retourner aussi sur les lieux du crime et de roder autour de mes écoles des Maronites et Julien-Lacroix.

Rue des Maronites, à l'angle de la rue du Liban. Vers 1957
Photographie de Henri Guérard
Un jour, dans les années 1980, les souvenirs me hantant, je suis retourné dans cette rue, me suis arrêté sous le porche, près à détaler si quelqu’un arrivait. Comme le « piaf » sur la défensive, j’ai regardé à l’intérieur, puis j’ai monté les quelques deux ou trois marches, passé la tête et finalement suis entré dans le hall inchangé. Un moment d’émotion bousculé par un bruit de porte brutalement ouverte et une « bignole » qui m’interpelle sur un ton très sec :
« Vous cherchez quelque chose ? »
La brutalité de la question aurait dû me faire fuir, je n’avais vraiment rien à faire là, mais par réaction, par provocation, j’ai dit : « Oui, la directrice, je suis un ancien élève ».
Les heures de vol que je portais sur mon visage ont dû suggérer à Mme la Concierge, d’appeler la directrice.
Cette dernière, surprise et ravie de voir quelqu’un qui avait fréquenté cet établissement, pardon, « son » établissement, il y a si longtemps, me proposa alors de consulter les archives. Il parait que depuis 2009 ce n’est plus possible car ces archives ne sont plus stockées dans les écoles !
Et c’est ainsi que un quart d’heure plus tard, j’étais assis avec elle derrière un gros bouquin relié d’une 40cm de long sur 20cm de large, style registre de Mairie, comportant « N » années de scolarités.
Dès 1948, je retrouve ma trace. Une grosse émotion en voyant des noms de copains et de copines que j’avais oubliés. Mais surtout, un grand coup de « blues » en retrouvant des noms de copains juifs (à consonance « germanique »). Pour beaucoup d’entre eux, dans les colonnes père et mère figurait la mention « mort en déportation ».
Tous ces petits copains dont on ignorait qu’ils avaient perdu un, voire deux parents, qui vivaient probablement chez une tante ou autre ... Pourquoi ce grand secret ?
De cette curiosité que j’avais eue, je découvrais que, durant toutes mes années de jeunesse, j’avais en fait été dans une ignorance quasi complète. Bien sûr, à la maison, ma grand-mère, ma tante, mon oncle avaient évoqués cette grande rafle de 1942. Mais pour moi, c’était un peu une part d’histoire ancienne, d’une époque qui n’était pas la mienne. Comme la guerre de 100 ans et Jeanne d’Arc !
Pas un instant, je n’avais imaginé que des petits copains d’école, là, avec moi, avaient perdu des parents.
Je suis ressorti de cette maternelle complètement sonné, les larmes aux yeux. Aujourd’hui encore je repense souvent à cette scène, bien plus troublante que tous les films que j’ai pu voir sur le sujet car j’avais été touché personnellement.

Plaque commémorative ☛ Ecole des garçons, rue Julien-Lacroix
Tout comme Robert Gostanian, dans son billet, qui nous mentionnait les plaques à la mémoire des enfants juifs de Belleville déportés : peut-on rester insensible à une telle tragédie ?
Jean-Claude Rihard
15:12 Publié dans LE COIN DU SOUVENIR | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude rihard, rue de pali-kao, robert gostanian, rue des maronites, rue julien-lacroix, rue bisson, rue ramponneau, rue ramponeau, boulevard de belleville, rue de la fontaine-au-roi |
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17 janvier 2010
RUE DU LIBAN

A l'angle des rues du Liban et Julien-Lacroix, cet immeuble existe toujours.
C'est en 1867 que la rue des Arts devient rue du Liban.

04:14 Publié dans L'IMAGE DU DIMANCHE | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : rue du liban, rue julien-lacroix, belleville, ménilmontant, paris 1908, vieux paris, carte postale ancienne |
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30 mars 2008
JOSETTE FARIGOUL
07:00 Publié dans RETROUVAILLES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, rue julien-lacroix, place etienne-dolet, rue des maronites, bienvenu merino |
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