mardi, 03 juin 2008
RUE DU PRESSOIR/LE RETOUR
En avril dernier, Josette Farigoul et Bienvenu Merino s'étaient donnés rendez-vous dans un bistroquet de la rue de Ménilmontant. L'objectif : arpenter une rue du Pressoir dans laquelle Josette n'avait pas remis les pieds depuis 1968. Changement radical de paysage. Tout a été dit ici. Louis Chevalier, l'historien du vieux Paris, Guy Debord ont tracé les grandes lignes du désastre dans leurs ouvrages sérieux.
Voici des photographies du temps présent, un temps qui un jour sera périmé. Et peut-être que ces clichés d'immeubles à tous les autres pareils deviendront des raretés.
La rue du Pressoir aujourd'hui, une rue recomposée à la fin des années 1960. Quarante ans se sont écoulés. On se consolera toujours en se disant que ces façades ont un côté vieillot susceptible d'arracher aux plus sentimentaux d'entre nous quelques larmes mélancoliques.
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lundi, 02 juin 2008
L'ANCIENNE VOIE FERREE

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samedi, 31 mai 2008
IMPASSE DES CHEVALIERS
par Bienvenu Merino
photographie Bienvenu Merino
Le réflexe est héréditaire. En 1875, Arthur Omerod, âgé de sept semaines, prenait l'expression de son grand-père, le jour même de sa mort.
Auguste Lumière mentionne le cas d’un bébé qui, peu de temps après sa naissance, avait le même tic qu’une de ses grand-mères décédée depuis de longues années.
Casanova, le séducteur (1725-1798) entre dans une chambre d’une jeune femme, une odeur récente frappe son odorat, tout désir amoureux l’abandonne.
Descartes, enfant, éprouva un sentiment amoureux pour une fille qui louchait et qui au lieu de l’éloigner, l’attirait.
Je vais vous faire un aveu. Enfant, la première fois que je vis une fille se dénuder devant moi, c’était dans une maison abandonnée, elle enleva tout, de haut en bas, et nue, blanche au milieu de la pierraille et du chant des cigales, s’accroupie et se délivra d’un gros besoin, en me chuchotant : « C’est un présent pour toi! »
Je ne vais pas vous dire que cet acte puéril qui me marqua est un réflexe héréditaire. Mais cependant ce simple geste d’une fillette de mon âge me laissa des empreintes toute ma vie.
L’enseignement, sous forme d’instruction ou d’éducation, est une tentative pour faire de l’homme réflexe, un homme raison. De plus, on a l’habitude de considérer l’acte rationnel comme normal, et l’acte réflexe comme anormal. Les livres d’histoire, de psychologie, les articles de journaux et revues, lois et règlements parlent invariablement de ce point de vue. On voudrait que l’idée soit la cause de l’acte. Quant au réflexe, connu sous le nom d’instinct, on voudrait qu’il n’ait joué aucun rôle dans l’évolution de l’homme, et que le mieux qu’on puisse faire à son sujet, c’est de le maîtriser.
Pour finir, j’en viens à ce qui donne le titre à ce texte. Lors de mes périples, dans la ville, plus particulièrement dans le haut de Ménilmontant et de Belleville, en arpentant les rues, près de la rue Pixérécourt, tout à coup je lus : Impasse des Chevaliers. C’est fou ! Alors qu’à l’instant même je pensais, que l’auteur du livre L’Assassinat de Paris, Louis Chevalier, méritait bien, en hommage, de se voir attribuer une rue à son nom à Paris. Voilà, mon vœu était exaucé. Peu importe vraiment si le nom de cette impasse ne lui a pas été attribué officiellement, mais pour moi à la seconde même, c’était à lui, en reconnaissance de son œuvre importante sur Paris que ce petit bout du haut de Ménilmontant lui avait été décerné. Quand à l’acte héréditaire, peu importe sa signification, héréditaire ou non.

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mardi, 27 mai 2008
UN NOUVEAU MENILMONTANT/PROJET POUR 2045 ?
© Bienvenu Merino
L’épouvante ou la conciliation
par
Bienvenu Merino
Une récente étude réalisée pour Shanghai( Chine) a permis de démontrer qu’il est possible de construire, pour 55 000 personnes (c'est-à-dire approximativement la population d’une ville comme Tarbes, département des Hautes-Pyrénées, ou l’équivalent d’un tiers du 20e arrondissement de Paris) une tour polyvalente capable de fonctionner en autosuffisance.
Une telle structure permet d’absorber l’accroissement démographique de la ville sans nuire aux terrains encore disponibles (où l’on peut alors aménager des espaces verts), tout en assurant son propre approvisionnement énergétique par des moyens tels que l’énergie solaire et le recyclage des déchets.
Suite aux estimations issues des enquêtes annuelles de recensement, de 2004/2005/2006, la population du 20e arrondissement de Paris est estimée à 188 600 habitants sur 598 hectares, soit 31 538 hab./ km2.
Pour affiner leurs projets et en maîtriser l’impact sur l’environnement, les architectes disposent désormais d’ordinateurs qui leur permettent de développer au maximum leur imagination créatrice. Tout est prêt pour un nouveau bond vers le ciel et pour un terrible électrochoc. Imaginez la population de cet arrondissement, installée dans chacune des trois ou quatre tours de 120 étages ! Cela voudrait dire, raser une partie de ce quartier de colline, comme l’on tondrait un troupeau de moutons, y construire quelques immeubles flèches qui atteindraient le ciel, où logerait dans chacune des tours, un tiers de la population. Même chose sur les hauteurs de Ménilmontant, proche de l’historique rue des Cascades, où seraient parachuté le deuxième et troisième tiers et ainsi de même dans le bas quartier, depuis la bouche du métro Ménilmontant jusqu’à la commissure des lèvres de la rue des Panoyaux - où se confinerait les derniers habitants, récemment arrivés d’Asie. Ce qui voudrait dire qu’il y aurait beaucoup plus d’espace pour la vigne ? Les jardins publics ? Les promenades ? Ou bien, et ça je peux y croire, pour des autoroutes serpentines, des périphériques couleuvriques et des gares-caves, pour vers de terre, des parkings en verre bouteille suspendus pour des millions de Parisiens en transit, comme en avait rêvé le défunt Président de la République Georges Pompidou qui voulait faire arriver le trafic automobile au centre de la capitale par des autoroutes vertigineuses jusqu’au cœur du quartier latin, au carrefour de la rue Saint Jacques et du boulevard Saint Germain, à trois pas de la prestigieuse Sorbonne, chère aux étudiants et enseignants du monde entier. Projet stoppé heureusement par la mort subite du Président. Le quartier de Ménilmontant pourrait ainsi, transfiguré ou défiguré, et disons le nettement, rayé de la carte de la région parisienne, s’appeler désormais :
« Le haut- comme- dieu »
ou
« Le Paradis »
Là, au moins l’habitant se sentirait plus près de dieu, plus proche du paradis.
Dans tous les cas éloigné de sa terre. Le haut comme dieu, ça sonne Lourdes !
Le Paradis, la grotte de Betharram.
Hélas cela est possible dans l’escarcelle du pouvoir !
Mais tout cela n’est que suggestions, projets,
rêveries pour d’autres,
vérités, c’est fort possible, pour beaucoup d’entre nous.
07:03 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, vieux paris, urbanisme, ménilmontant
jeudi, 01 mai 2008
LE 1er MAI CELEBRE RUE DU PRESSOIR
par
Bienvenu Merino
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L’Amicale de Mai, du joli brin de muguet, au rendez-vous, ils sont tous là, presque au complet ;
mais pas les Jeanne d’Arc, eux défilent avec Le Pen
Ils sont venus, ceux des années 60, éloignés de leur vielle rue et les autres, chassé de leurs berceaux.
C’est à croire même que les anciens de la commune et les autres de 187O étaient présents, sur leurs vélos d’époque.
C’est cela aussi le carré magique ! L’oignon fait la soupe et l’union fait la force
Ce n’est pas jour d’Ascension ni jour d’Absolution
Pas la Toussaint , simplement le 1er mai 2008
Quel miracle de les voir tous, rue du Pressoir, élégants et beaux,
portant chapeaux en citrouille ou casquette feuille de salade, à la Bonnot , gilet d’autrefois et jaquette à poche révolver,
robe Marie Antoinette ou tenue d’amante Marquise de Sévigné.
L’un d’eux, Ernest Pilori, s’est écrié en arrivant dans le virage de la rue des Couronnes
et découvrant sa rue du Pressoir : c’est propre, c’est net, mais ça sent la mort !
Augustin, sur son vélo lui répondit : « Dit, Pilori, ce n’est jour de Toussaint, nous sommes le 1er mai, c’est la lutte finale… »
Et tous se mirent à chanter l’Internationale !
Il y a encore des hommes et des femmes pour qui ces manifestations et la grève sont un scandale,
c'est-à-dire, non seulement une erreur, un désordre ou un délit,
mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la nature,
c’est là un langage, qui date de la restauration et qui en exprime la mentalité profonde ;
c’est l’époque où la bourgeoisie, au pouvoir depuis encore peu de temps, opère une sorte de crase entre la morale et la nature.
’Vive le 1er Mai’
Et ce soir on chante l’Internationale dans toutes les rues de Ménilmontant.
09:09 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 1er mai, rue du pressoir, la commune
samedi, 26 avril 2008
LA PROMENADE DE L'ESCARGOT, LE VOL DE L'OISEAU, LE SIEGE DU VER DE TERRE
Par
Bienvenu Merino
D’après les réflexions philosophiques de Gaston Bachelard
A Paris, dans les quartiers les plus favorisés, il y a de très belles maisons, aux mains de ceux qui possèdent l’argent et le pouvoir. A l’Etoile, place Charles de Gaulle, dans le 16e, les 8e, 7e, 6e, 5e, 4e arrondissement, etc. mais aussi, dans les quartiers populaires de Pelleport, Télégraphe, Place des Fêtes, Belleville, Ménilmontant. Cependant si vous êtes un peu curieux, allez voir ceux qui y habitent. Dans ces quartiers moins riches ‘il n’y a pas d’argent’, dit-on, pour soigner les plaies des saccages causés par les plans des rénovations et de l’insalubrité de certains lieux, autrefois, faisant partie du beau patrimoine, et donné aux mains des promoteurs et des marchands de biens. De belles maisons existent encore dans le 13e arrondissement, mais là, plus que les boules de fontes, les bombes du pouvoir ont saccagé ce quartier populaire de Paris. Soufflé en partie, rasé, aspiré et empilé en cubes jusqu’aux nuages en spirales fuyant la place d’Italie. Cependant, ci et là, il existe encore des maisons de merveilles, au pied d’une tour de quarante-cinq étages ou coincées entre un demi étage d’un « American Building », immeuble-clapier, construit dans les années 50/60 et un rideau de béton le long du périphérique qui ceinture la ville accompagnant la campagnarde voie ferrée, préservée encore, jusqu’à quand ? Et dans ces boites superposées vivent les habitants : « Notre chambre parisienne, dit Paul Claudel, entre ces quatre murs, est une espèce de lieu géométrique, un trou conventionnel, que nous meublons d’images, de bibelots, d’animaux empaillés, d’oiseaux en cage de fer, et d’armoires dans une armoire. »(1) Le numéro de la rue, le code d’entrée de l’immeuble, le chiffre de l’étage, le numéro de la porte, fixe la localisation de notre « trou conventionnel, » mais notre demeure n’a pas d’espace autour d’elle ni verticalité en elle. « Sur le sol les maisons se fixent avec l’asphalte et le ciment pour ne pas s’enfoncer dans la terre ». (2) La maison n’a pas de racine. Chose inimaginable pour un rêveur de maison : les gratte-ciel n’ont pas de cave. Du pavé jusqu’au toit, les pièces s’amoncellent et la tente d’un ciel sans horizon enclôt la ville entière. Les édifices n’ont à la ville qu’une hauteur extérieure. Les ascenseurs détruisent les héroïsmes de l’escalier. On na plus guère de mérite d’habiter près du ciel. Et le chez-soi n’est plus qu’une simple horizontalité. Il manque aux différentes pièces d’un logis coincé à l’étage un des principes fondamentaux pour distinguer et classer les valeurs d’intimité. Au manque des valeurs intimes de verticalité, il faut adjoindre le manque de cosmicité de la maison des grandes villes. Les maisons n’y sont plus dans la nature (voyez le quartier de la Défense ). Les rapports de la demeure et de l’espace y deviennent factices. Tout y est machine et la vie intime y fuit de toute part. Alors que dans la rue du Pressoir, il n’y a pas très longtemps encore, moins d’un siècle, les enfants allaient à l’école sautant les meules de foin au bord des chemins asphaltés et des ruisseaux canalisés. « On allait les uns avec les autres », et on vivait « les uns chez les autres », dixit, Guy Darol. « Les maisons que l’on construit actuellement, sont comme des tuyaux, où sont aspirés les hommes. »(3)
Dans sa préface, au livre de Louis Chevalier, L’Assassinat de Paris, Claude Dubois écrit : « Las ! en 1977, se jeter au pieds de la ville, c’était se jeter dans un trou, celui des Halles. En quelques années, Paris venait de passer, d’être passé de vie à trépas. » Sous les yeux de l’homme, Louis Chevalier, qui connaissait le mieux Paris, qui en enseignait l’histoire au Collège de France. L’Assassinat de Paris est un J’accuse d’autant plus catégorique, sans appel. Avec cette circonstance, inqualifiable à force d’être aggravante, que le forfait a été perpétré en un temps, se persuade-t-on depuis 1958, de grandeur, « au temps du général de Gaulle », avec les « conseils » d’André Malraux et le « concours » de Georges Pompidou. Trois hommes qui, souverainement oublieux de l’histoire de Paris, ont abandonné « l’irremplaçable beauté de la ville » à la pioche des promoteurs. Mais que sait donc Malraux ? De Paris, mais aussi du reste, de tout ce qu’il faut savoir pour se mêler de Paris ? se demande Louis Chevalier en démontrant derechef que, de Paris, Malraux ne sait rien. Malraux n’en parle que plus, et si de Gaulle écoute… Or donc, de Gaulle : « Etait-il d’accord ? Ne l’était-il pas ? » Mais Malraux d’accord, cela voulait dire l’Elysée d’accord. Reste Pompidou. Son « texte terrible » du 30 novembre 1964, précisant au préfet de la Seine de l’époque «les thèmes chirurgicaux » nécessaires aux « transformations de Paris » suffit. Il est terrifiant !
1 Paul Claudel, Oiseau noir dans le soleil levant, p. 144
2 Max Picard, La fuite devant Dieu, p.121
3 Max Picard, loc.cit., p.119-121
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vendredi, 25 avril 2008
LES DEUX MUSICIENS
Ils apparaissent une fois ou deux,
l’An
Quelquefois plus, comme la neige rare sur Paris
Leurs habits élégants sont beaux, blancs et noirs
Semblables aux images, belles, des rues d’autrefois.
Ils portent, tendus à leurs cous par des bretelles de cuirs,
Leurs instruments vieux de plus de trois cents ans.
Ils sont héritiers du jongleur médiéval
Du marchand de chansons ou crieur de chansons
Des joueurs d’accordéons, saltimbanques, joueurs d’orgues, chanteurs de rue.
Les enfants quand ils les voient s’écrient,
"Regarde maman… les musiciens avec leurs drôles d’instruments!"
Et tirant la main de leur maman ils courent s’asseoir
En ronde
Les deux musiciens alors se regardent souriants
Égrènent les premiers flocons, des ritournelles d’antan,
comme lorsqu’ils étaient rois de Paname.
L’un à l’accordéon, l’autre à l’organette à rouleaux
Les enfants et leurs mamans chantent avec eux
La petite orgue fait son effet
quatre fois plus grande qu’un vieux moulin à café
La manivelle entraîne le papier perforé, qui lui entraîne le soufflet,
l’air pur passe droit du soufflet dans le sommier
Et ça joue et ça chante
Les enfants les accompagnent et les mamans aussi
Puis ils crient ensemble
Revenez, ne partez pas, revenez
Les musiciens ! Revenez !
Bienvenu Merino
Paris le 10avril 2008
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vendredi, 11 avril 2008
JOSETTE FARIGOUL ET BIENVENU MERINO EN VISITE RUE DU PRESSOIR
09:01 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, belleville, ménilmontant, paris, vieux paris, urbanisme, rues de paris
jeudi, 10 avril 2008
AUJOURD'HUI, LA RUE DU PRESSOIR
Ce n'est pas un paysage en ruine mais la conséquence du plan de rénovation urbaine, tel que Louis Chevalier dans L'Assassinat de Paris en a étudié les prémisses. A la manière d'un palimpseste, des constructions se sont substituées aux immeubles érigés au milieu du XIXème siècle où logeaient en parfaite harmonie parisiens de souche et migrants ainsi qu'en témoignent les récits bellevillois de Clément Lépidis. En prévision du retour de Josette Farigoul sur les lieux de son enfance abandonnés par la contrainte de l'expulsion en 1966, Bienvenu Merino a imaginé ce texte d'anticipation où se mêlent l'effroi et la résignation. Le mercredi 9 avril 2008, Josette Farigoul accompagnée de son fils et de Bienvenu Merino ont effectué le voyage. Un pélérinage diront certains mais peut-on parler de catharsis, de guérison lorsque l'on vient contempler l'effacement de sa propre histoire, la rectification pure et simple d'un passé inconfortable mais heureux. A propos de ces transformations brutales menées à coups de boules de fonte et de bulldozers, il convient de consulter Courrier International (www.courrierinternational.com) qui dans son numéro 906 (Dossier Paris épinglé par la presse étrangère) revient, sous la plume d'Andrew Hussey sur la destruction du vieux Paris au motif qu'il regorgeait de vagabonds, de voyous, d'alcooliques, de déviants et d'anarchistes, "tous les exclus de la société qui n'avaient rien à perdre et s'accommodaient très bien du chaos le plus total." Refuge des "classes dangereuses" (locution inventée et définie par Louis Chevalier, le meilleur spécialiste de l'histoire de Paris), Belleville-Ménilmontant devait disparaître, comme on éradique le risque de peste, la menace du complot révolutionnaire toujours vif. Guy Darol
Le retour à la maison
Le soleil la neige la pluie
Multitudes des rues grisées
Le retour triomphal en secret
Le parfum du marronnier
Elle est revenue au berceau de sa reine enfance
Elle se tait de ne rien pouvoir dire
Elle va de par les rues des souvenirs
Etoufée d’émotion
Et fragile
Dans sa robe pâle elle est plus belle que tout au monde
Elle s’arrête un pas, devant Notre Dame de la Croix
Et continue encore des pas et des pas
Et
« Voilà je suis arrivée »
Elle veut dire mais elle ne dit pas
« La maison est là ! » Elle dit
Mais elle se reprend
« Était là ! »
Elle montre du doigt
Elle regarde, s’approche
Regarde ou était sa maison
Debout en silence, elle se rappelle
‘La maison abrite la rêverie et protège le rêveur, elle permet de rêver en paix.
Il n’y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines. A la rêverie appartiennent des valeurs qui marquent l’homme et la femme en sa profondeur. La rêverie a même un privilège d’autovalorisation. Elle jouie directement de son être. Alors, les lieux où l’on a vécu la rêverie se restituent eux-mêmes dans une nouvelle rêverie. C’est parce que les souvenirs des anciennes demeures sont revécus comme des rêveries que les demeures du passé sont en nous impérissables’
Josette Farigoul est venue
Emue
Elle repart émue
Sans que personne ne sache rien.
Ménilmontant le 9 avril 2008
Bienvenu Merino
10:38 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, belleville, ménuilmontant, paris, bienvenu merino, louis chevalier, clément lépidis
samedi, 05 avril 2008
LE CARRE MAGIQUE
Je reviens de week-end, de Ménilmontant. J’ai fait l’aller-retour à pied depuis la rue des Boulets. Ma destination, le carré magique. Avant d’arriver place Léon Blum, j’ai marché tout droit boulevard Voltaire en passant devant Japy, mon gymnase où, tout jeune sportif, j’appris à allonger ma droite et préciser ma gauche, mais surtout, à éviter les coups. J’ai remonté la rue de la Roquette , emprunté le boulevard de Charonne et celui de Ménilmontant puis le boulevard de Belleville, laissant sur ma gauche l’avenue de la République. Là, à peine à quelques centaines de mètres me séparaient du Lycée Voltaire où mon ami Guy fit ses études secondaires, puis tout juste un peu plus loin je m’attardais sous les fenêtres d’un immeuble, où habite Bévinda, la chanteuse de Fado « Pessoa em Pessoa » . « Je n’évolue pas, je voyage », écrivait le poète portugais Fernando Pessoa. Et assez vite, continuant le boulevard de Belleville, je suis arrivé au métro qui porte le même nom. Belleville, enfin ! Belle la ville, tant attendue, chaleureuse, animée, cosmopolite, endimanchée. Femmes, hommes, jeunes et plus anciens, enfants, tous affables et très souriants attablés aux terrasses des cafés devant une limonade ou un diabolo menthe. Je n’ai fait que passer, j’ai marché encore plus haut, puis gravis de vieilles marches comme jadis, et descendu à nouveau des passages et des venelles, poursuivant des ruelles escarpées, parallèles, et des passages tortueux d’autrefois semblant me mener au bout d’un champ ou d’un précipice ou d’un trou, pas de terrier de lièvre, plutôt d’éléphant, c'est-à-dire de pelleteuses énormes, cousines de celles qui ont retourné, labouré et anéanti la rue du Pressoir. En flânant sur la côte, rue de Belleville, j’ai fais du lèche-vitrines de bistrots. Deux filles chinoises, aux yeux aventureux, tantôt très noirs et tantôt verts émeraudes colombien, assises à une table, derrière la vitre, m’offrirent leurs plus beaux regards de jeunes filles innocentes. Ces nouvelles parisiennes par leurs origines lointaines ont changé le visage des habitants du quartier depuis quelques années.Et si on dispose très peu de données fiables sur l’aspect physique des Parisiens et sa variation au cours des siècles, il est difficile d’accorder du crédit aux notations des voyageurs ou d’écrivains. Les seules observations faites par des anthropologues sur de vastes échantillons de la population permettraient de se faire une idée à peu près exacte de l’apparence des Parisiens à diverses époques. Ce n’est pas le cas, l’anthropologie physique ayant toujours été une discipline assez négligée en France. En 1970, dans la revue Population, Jacques Houdaille a présenté les résultats de quatre enquêtes sur la couleur des yeux et des cheveux sur des échantillons assez réduits de la population parisienne. Il semble que le pourcentage des yeux bleus ne se soit pas sensiblement modifié entre 1810 et 1951, oscillant autour du quart, les yeux bruns et noirs représentent à peu de chose près la même proportion ; la moitié des yeux se situant dans les nuances de gris et de vert. Une enquête établie sur des militaires, dénombre six cents soldats nés avant 1785 comptant 29 % d’yeux bleus, ce qui tendrait a indiquer qu’avant la Révolution , plus de Parisiens étaient issus des régions du Nord que dans les générations suivantes. Ces dernières cinquante années l’émigration a contribué à faire ce qu’est aujourd’hui la population de Ménilmontant depuis l’arrivée de très nouveaux émigrants venus peupler et enrichir ces villages d’autrefois, entourés de coteaux plantés de vignobles et traversés de part en part de sentiers et de chemins par où cheminaient les travailleurs viticoles.
En haut de Belleville
Bien avant le boulevard Mortier, j’ai pris une traverse, la rue des Pyrénées. Avec un peu d’imagination, j’avais la sensation d’être au Pic du Midi. Et au loin, tout là-bas, un rideau gris clair percé de gouttelettes comme de la neige malade, grise et même grise foncée ; le soleil timide était trop timide, comme s’il avait peur de ce qui tombait discrètement du ciel, lui, pourtant si haut, inattaquable. Je voyais des pics flous et des chaînes de coton d’hôpitaux : la pollution sur toute la ville et, un peu plus loin à droite, je me suis mis à l’abri, tel un montagnard,et j’ai tourné avec précaution dans la rue de Ménilmontant. J’ai descendu toute la rue ; pas à pas, lentement, freiné par un cyclone de voitures et de vélibs ainsi qu’une procession de sans papiers en observant tout, tout, tout : les portes des immeubles avec leurs sonnettes d’appels modernes, les fenêtres anciennes à l’oblique, les volets gris fermés, les portes cochères, les façades des immeubles, avec parfois, des poutrelles métalliques qui retiennent des pans de mur entiers pour éviter qu’ils ne s’écroulent. Je franchissais parfois les porches sombres et à l’intérieur clair me retrouvant dans des courettes pavées ou des lopins de terre encore existants par endroits, les églises, la mosquée, j’ai tout mémorisé, rien sur papier, rien non plus sur appareil photographique. J’avais les mains libres semblables à celles des habitants du quartier qui allaient et venaient, ce dimanche, se promenant en ce jour de fêtes pascales. J’ai rencontré des chinois, japonais, des titi parisiens, des bretons, corréziens, algériens, égyptiens, marocains, des espagnols réfugiés de 1936… Avec eux nous avons parlé de Lény Escudero, mon ami, lui aussi, autrefois du quartier, et tout ça, du voyage sans passeport. Je ne dis pas sans papiers ! J’étais très heureux d’être là au milieu de mes semblables, mes compatriotes, ça au moins ça vous vous réconforte, de se retrouver à Paris et de se croire si loin au bout du monde ! Il y avait même un singe, un vrai, à une fenêtre d’un premier étage, entre deux oursons jouets, dans les bras de deux petites filles débordant de tendresse. A la hauteur de l’église Notre-Dame-de-la-Croix, des familles sortaient en chapelet d’une cérémonie religieuse. Deux garçons se chipotaient une image de la vierge ou d’une sainte, je ne sais pas, sous la grimace du père. Les enfants comprirent immédiatement le langage du papa. Le plus grand des garçons plia immédiatement en deux la belle image de la vierge ou de la sainte, cassant les jambes de l’immaculée, et il la rentra comme un couteau dans sa poche de veste. Un jeune couple rayonnant tout sourire, bras dessus, bras dessous, derrière le dos, marchait sans souci, heureux, amoureux certes. Des musiques se mélangeaient aux bruits des moteurs de voitures et des scooters pétaradants. Chacun vivait sa vie au milieu d’autres vies, parfois si différentes les unes des autres par leurs pratiques religieuses et leurs éducation.
Avec la quinzaine de Pâques, du dimanche des Rameaux à celui de Quasimodo prenaient fin les fêtes de l’église chrétienne, destinées à rappeler le souvenir de la résurrection de Jésus-Christ. L’établissement de la fête de Pâques remonte à l’origine même du christianisme. Depuis le quantième concile de Latran en 1215, il est ordonné à tous les fidèles ayant l’âge de discrétion de communier au moins une fois chaque année au temps de Pâques. Libre à eux de leur pratiques. Mais comme chaque chose à une fin, demain lundi, les Pâques seront closes. Alors que prend naissance depuis quelques semaines, dans le bas de Ménilmontant, ce que je nomme le carré magique, à l’intérieur d’un quadrilatère allant du boulevard de Belleville à la rue des Couronnes, de la rue Julien Lacroix à la rue de Ménilmontant, situé dans autre carré plus petit, sorte d’îlot cimenté en bordure de la rue des Maronites, et là, en son cœur, comme une blessure terrible, longue à guérir, pansée et bandée d’un linceul de ciment blanc, la rue du Pressoir décapitée il y a plus de quarante ans mais encore habitée,oui habitée si j’ose dire cela ainsi !
Car la rue du Pressoir existe, elle est toujours là, bien sûr. Elle n’a plus d’âme. De la fleur d’origine et de ses graines vivantes qui pouvaient lui donner vie durant trois siècles, et perpétuer des générations, et nous donner à tirer des enseignements de la variété et des richesses d’autrefois. Elle est là, aujourd’hui la rue, telle un cimetière, où est inhumé tout le passé. La vraie rue du Pressoir est morte !Guy Darol est né rue du Pressoir. Il se rappelle encore, il veut se rappeler, surtout il ne veut pas oublier ; surtout pas, au contraire il veut « revivre » la rue du Pressoir, retrouver son enfance passée ici, l’offrir à ceux qui ne l’on pas connu et surtout à ceux qui y ont vécu presque toute leur vie, et qui, obligés de fuir, ne sont jamais revenus, n’ont jamais pu refaire le voyage, enlevés à leur pays et déracinés à jamais.
La rue du Pressoir, aujourd’hui, est notre carré magique. De bouches à oreilles le cercle d’amis, pardon, le carré s’agrandit, les amies se parlent et reviennent voir, retrouvent leurs traces, se l’imaginent, recréent leurs appartements, là la cuisine, le petit salon, la chambre, l’alcôve, comme avant, lorsqu’ils jouaient ensemble à la poupée, aux billes, au gendarme et au voleur ; oui au voleur… et aux échecs. Ils n’oublieront jamais.
Josette Farigoul a été pour Guy, UNE APPARITION. Aujourd’hui, dans son appartement de l’Eure, près de Rouen, elle dessine dans sa mémoire les plans qu’elle envoie par mail à son voisin de petite enfance, pour comprendre et nous faire comprendre comment c’était avant, dans les années 1950 quand elle était petite, elle qui se souvient si bien de sa jeunesse au 23 et 25 de « sa » rue, avec ses sœurs et ses parents, ses amies, sa maîtresse d’école, son mari, connu au café et qui pour la première fois monta l’escalier, à son bras, pour être présenté à ses parents. Bienvenu Merino
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