dimanche, 22 janvier 2012
ET QUELQUES CINEMAS DE PLUS ...
A la suite de notre billet sur le cinéma Le Phénix, Jean-Claude Rihard nous fait partager ses archives. Voici quelques cinémas de plus ... Et du souvenir qui se réveille !

Le Ménil Palace. Rue de Ménilmontant

Belleville-Pathé. Rue de Belleville

Théâtre de Belleville. Rue de Belleville

Folies Belleville. Rue de Belleville

Cocorico. Boulevard de Belleville

Ciné Bellevue. Boulevard de Belleville

Palais des Glaces. Rue du Faubourg-du-Temple
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mardi, 17 janvier 2012
CINEMA LE PHENIX

Je vous recommande le site de Philippe Célérier qui compose sur le Net un vaste musée des façades de salles de cinéma fermées, disparues ou toujours en activité. C'est en feuilletant les pages de ce blog que j'ai trouvé la carte postale ci-dessus représentant le Phénix, créé en 1909 au 28 rue de Ménilmontant (au fond d'une cour après avoir passé le porche) et dont la dernière séance fut projetée le 30 juin 1970. La salle comptait 650 palmes. Mais qui se souvient des films qui y étaient donnés ?
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mardi, 12 juillet 2011
LAVER SON LINGE SALE EN FAMILLE

Une fois n’est pas coutume, je vais vous proposer, à vous, anciens « Bellevillois-Ménilmontagnards », de laver notre linge sale en famille. Laver son linge est depuis la nuit des temps quelque chose de convivial, un temps de rencontre où l’on tue la corvée à grands coups de papotages et de petites histoires. Parce que, bien sûr, laver le linge n’est pas une partie de plaisir et c’était jadis un travail de force à grands coups de brosse et de battoir.
Nos anciens avaient bien plus de philosophie que nous et transformaient un tâche ingrate en partie de plaisir. Les lavandières, qu’elles soient du Portugal ou d’ailleurs, l’ont bien exprimé à leur manière et … en chansons.
A la ville, les choses étaient un peu différentes, mais cependant gardaient cet esprit convivial. Je propose aux anciens de la rue des Couronnes et de la rue du Pressoir un petit détour au lavoir de la rue des Couronnes. Ce qui suit est un extrait de mes mémoires : Une jeunesse bien ordinaire à Belleville , chapitre 3 « Oh ... pays », sous-chapitre « Ou au lavoir ». Il fait suite à un petit développement chez le coiffeur avec ses larges conférences « au sommet ».
On y va ?
« … Si j’utilise l’expression « conférence au sommet », c’est pour bien faire prendre conscience qu’il ne s’agissait pas de discussions à deux ou trois, mais plutôt à huit ou dix. Il est même arrivé que tout le lavoir s’enflamme sur des thèmes d’actualité ! Attention, il ne s’agissait pas du lavoir de campagne, qui reçoit une poignée de ménagères, non là on est à Paris, dans une quasi usine !
En ce temps-là, bien sûr, les machines à laver étaient inexistantes dans les foyers bellevillois ( tout comme les réfrigérateurs). Non que les produits n’existaient pas, mais hors de portée financière des budgets familiaux dans les quartiers populaires !
Une partie de la lessive était souvent faite à la maison, avec une grosse marmite à bouillir. Cependant, ceci n’était pas toujours facile, et puis comment faire face à la quantité ?
Alors, régulièrement, ma grand-mère (Mamy) allait au lavoir de la rue des Couronnes.
Celui-ci se trouvait sur le trottoir de droite en montant, bien après la rue du Pressoir, après le maroquinier FERTZ et avant la boulangerie AMY (on me pardonnera l’orthographe de ces noms). Un point assez central dans le quartier. Je n’ai jamais connu le statut exact de ce lieu, privé, municipal… ? Par contre, je puis dire qu’il était pleinement utilisé !
Comme Mamy n’était pas des plus causantes, le lavoir c’était bien pour laver et rien d’autre ! Revue de détail…
Ah ! le lavoir… un roman à lui tout seul ! On aurait pu se croire à l’époque de Zola, et pour qui a vu le film « Gervaise » avec Maria Schell et François Périer, il n’y avait aucune différence malgré le petit siècle de distance.
C’était un local immense, avec au rez-de-chaussée la partie lavage et à l’étage le séchage.
Le rez-de-chaussée avait une hauteur de plafond très importante, peut être 5 à 7m. On entrait par un grand porche, et tout de suite à gauche se tenait la caisse où l’on achetait le prix des différentes prestations :
- Place de lavage main (utilisation d’un emplacement avec plusieurs bacs, battoirs…)
- Linge à bouillir. On recevait ainsi une grosse épingle de nourrice numéroté et destinée à marquer le paquet de linge qui sera mis à bouillir (dans une toile de jute ou filet grossier)
- Produits lessiviels (savon, eau de javel…)
- Essorage. Là encore on recevait un numéro en métal destiné à être attaché au paquet de linge à essorer
- Séchage (droit d’usage d’une place en étage pour étaler son linge à sécher).
Après la caisse on entrait dans le ventre du monstre enfumé !
A droite, dans la hauteur, à la verticale, et presque jusqu’au plafond (5m à 6m environ) la machine à bouillir. Une immense « marmite » tournant dans le sens des aiguilles d’une montre pendant près d’une heure avec de l’eau bouillante à l’intérieur. A chaque mise en route, elle était chargée jusqu’à la gueule de tous les baluchons de dizaines de ménagères … et en route pour la « bouillissoire » communautaire !
Ces baluchons étaient tous constitués d’une grosse toile maillée carrée, contenant le linge à bouillir. Les quatre coins étaient noués solidement pour ne pas s’ouvrir pendant l’opération « bouilloir ». Ils étaient identifiés par la fameuse grosse « épingle de nourrice » numérotée, afin que chacun puisse retrouver son bien. On rend à César le linge de César !
A gauche, à l’horizontale, l’essoreuse. Chargée à bloc de ballots de linge lavé … et en route pour un grand tour de manège communautaire !
Marmite et essoreuse étaient entraînées mécaniquement par des moteurs assez éloignés et un ensemble de poulies qui tournaient à grande vitesse et entraînaient des courroies. Il fallait garder ses distances car c’était assez dangereux. Il était déjà arrivé qu’une femme soit happée par les cheveux. Un beau carnage… et le linge à relaver !
Bien entendu, on ne passait pas impunément du « bouilloir » à l’essoreuse, il fallait tout de même user d’un peu d’huile de coude pour laver le linge entre ces deux opérations majeures.
La plus grande partie du local était donc constituée de multiples emplacements de plans de bois inclinés disposés tête-bêche. Ainsi chaque ménagère avait ses compagnes de droite et gauche avec son vis-à-vis à proximité. Soit une potentialité d’échanges de six personnes !
La Suzanne Rihard, ma grand-mère, n’était pas de caractère à raconter sa vie, encore moins celle de ses voisins. Les potins, les ragots ce n’était pas son pain quotidien, elle avait assez à faire avec ses propres problèmes, son dévouement à sa famille étant total, chaque minute comptait. Et elle s’activait donc à s’acquitter de sa tâche dans les meilleurs délais, d’autres tâches l’attendant à la maison.
Entre ces plans inclinés de bois, plusieurs bacs en bois de différentes dimensions, chacun pour un usage spécifique. A chacune son organisation : un bac avec de l’eau savonneuse, un autre avec de l’eau javellisée, un bac pour le premier rinçage et un autre pour le second… Sans oublier pour le blanc, le bleu !
Je m’explique, comme nous étions en ville, pas de possibilité de faire sécher le linge au soleil et donc de la blanchir. Pour donner de l’éclat après la javellisation, l’astuce consistait à faire tremper le linge dans un bac d’eau contenant une solution de bleu de méthylène
Alors, le voici le méthylène ... magique ! Tel le prestidigitateur, la grand-mère mettait dans un petit chiffon noué par un élastique ses deux ou trois pincées de cette poudre bleue que l’on pouvait acheter chez le marchand de couleurs (ou droguiste). Ceux qui se souviennent de la rue des Couronnes se rappelleront volontiers l’existence de deux marchands de couleurs à 30 mètres d’intervalle dans le bas de la rue des Couronnes !
Le tout était mis dans un bac d’eau claire ou le linge blanc serait mis à tremper. Résultat, un linge blanc avec une très légère nuance bleutée, renforçant ainsi l’aspect de propreté. Plus banc que blanc, cela vous dit quelque chose ?
Le processus « lavoir » était immuable. Dès l’arrivée, munie de ses jetons et autres numéros métalliques, ma grand-mère s’empressait de porter son paquet de linge à bouillir. Elle a toujours été très organisée pour économiser autant son temps que son peu d’argent. Donc, dès le départ du 52 boulevard de Belleville, elle avait déjà préparé ses paquets de linge sale et pouvait donc mettre à bouillir de suite, puisque le tri avait déjà été fait.
D’autres passaient un bon moment à faire le tri sur place. Lorsque c’était fini, la « marmite » tournait déjà et il leur fallait attendre le tour suivant ! Mais peut-être, était-ce là une bonne occasion d’être un peu plus longtemps avec les copines à échanger des nouvelles !
Pendant que le linge était à bouillir, la grand-mère était « au charbon » sur le linge qui ne nécessitait pas l’ébullition à 100°C ! Et que j’ te savonne, et que j’ te frappe à coups de battoir, et que j’ te rinçe et rebelote.
Tout ce travail au milieu d’un bruit infernal, des voix qui s’élevaient pour se faire entendre, l’humidité ambiante, les odeurs plutôt désagréables, sans oublier les autres participants moins bruyants mais assez nombreux qu’étaient les rats installés comme chez eux, gros quasiment comme des chats, à l’affût d’une saleté à ronger et qui bougeaient à peine, même lorsqu’un battoir envoyé avec force leur passait au raz du museau. Z’avez d’jà vu un vrai rat d’égout ? Presque aussi gros qu’un chat !
Quant tout était terminé, tout ce joli linge passait au trempage final et alors, on pouvait aller chercher celui qui sortait de la « marmite ». Et c’était reparti ! Savon de Marseille, battoir, rinçage … Arrivait l’étape du rinçage final où certains vêtements subissaient le « javellisé » ou le méthylène. Le rinçage terminé il fallait alors préparer un ou plusieurs balluchon selon le type de linge et porter tout cela à l’essorage. Tout était enfourné dans cette immense machine (environ 3 à 4m de diamètre) positionnée cette fois à l’horizontale contrairement à la « marmite ». Cette opération durait environ 10 mn à l’issue desquelles chacun pouvait ramener son linge à la maison ou le cas échéant le mettre à sécher à l’étage du dessus.
Cette dernière option était toujours celle retenue par ma grand-mère car nous avions si peu de place à la maison ( 30 mètres carré ) que l’on ne pouvait imaginer y faire sécher du linge pour 6 personnes !
Au-delà de ces contraintes « spatiales », cette option recevait très largement mon assentiment … et celle de ma copine Yolande. En effet, le coin séchage était un terrain de jeu fabuleux pour nous enfants ! Agréable et intéressant. D’abord, on ne pataugeait plus dans l’eau de lessive, on était au sec, pas de rats, et surtout nous bénéficions d’un immense terrain de cache-cache. Un vrai labyrinthe !
Ce local à séchage était situé au-dessus du lavoir, occupait toute la surface de ce dernier et n’en était séparé que par un plancher. C’était en quelque sorte les combles, couvertes par un toit, mais ouvertes à tous vents. On y accédait par un escalier de bois quelque peu vermoulu compte tenu de l’immense humidité régnant au rez-de-chaussée.
Toute cette partie « comble » était compartimentée non par des parois, mais par des cloisons en grillage, lesquelles pouvaient être fermées avec un cadenas personnel, ceci pour ne pas se faire « faucher » le linge par quelqu’un d’autre. Et propre qui plus est !
Il y avait là, peut-être, une soixantaine de ces compartiments, certains accessibles, car encore libre, d’autres pas car déjà occupés. Chaque local était équipé de fils métalliques tirés dans toute la longueur et permettant d’étendre le linge. La location était pour un jour ou deux. Pendant que les mamans installaient ce linge nous en profitions pour effectuer de mémorables parties de cache-cache en cavalant à travers les emplacements libres et ceux dans lesquels les mamans étaient à l’œuvre ! Imaginez les scènes au milieu des draps… Certes, en regardant par le dessous on pouvait distinguer les jambes du copain ou de la copine cachés un peu plus loin, mais en pratique ce n’était pas si simple car la quantité de linge qui pendouillait, cassait la perspective et ce que l’on pensait tout proche était plus lointain et réciproquement. Entre temps, le comparse avait de nouveau changé de place !
Le tout au milieu d’une étendue de linge tout propre. J’en ai gardé un souvenir olfactif quasiment intact.
Quant enfin le linge était sec, on venait le récupérer, le plier, le remettre dans le baluchon en grossière toile de jute et c’était le retour à la maison pour le repassage. L’épopée lavoir avait lieu deux fois par mois et entre les deux, les petites pièces étaient traitées à la maison, et bouillies dans une marmite dédiée à cela. Bien sûr, Javel et bleu de méthylène restaient de mise ! Jean-Claude Rihard
10:29 Publié dans LE COIN DU SOUVENIR | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude rihard, suzanne rihard, lavoir, rue des couronnes, rue du pressoir, paris, vieux paris |
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dimanche, 10 juillet 2011
LE "MAQUIS" DANS LE FAUBOURG DU TEMPLE

La Traversée de Paris - Claude Autant-Lara
Qui a connu cette petite rue Robert-Houdin qui donne entre le Faubourg-du-Temple et la rue de L'Orillon ? En 1945, elle avait été surnommée "Le Maquis". Peut-être y avait-t-on fait de la résistance, du trafic sûrement. Tout ce qui était le "Marché Noir" Il fallait la voir quand vers les 17-18 heures elle commençait de s'animer. Les "vendeurs" venaient s'installer et prenaient place sur les trottoirs, chacun sortait sa marchandise aussi variée qu'insolite, car on y vendait de tout. Le quidam, à condition que son portefeuille soit bien garni, qui y entrait à poil d'un coté pouvait s'il le désirait, en ressortir de l'autre côté habillé de pied en cap portant sous le bras sa baguette de pain, dans son cabas toutes sortes de victuailles introuvables chez les commerçants patentés du coin, et même traînant en laisse par la main un chien corniaud ou de pure race.
Quelle époque ! La guerre se terminait. Pendant quelques jours les boulangers avaient vendu du "pain blanc" mais vraiment blanc comme on ne l'avait plus connu depuis quatre années. C'était de la folie, il fallait voir cela. On manquait de tout, les produits proposés étaient de l'ersatz (succédanés), et l'imagination était sans limites : on fumait de la mousse mélangée à un grossier tabac belge, ("Fume, c'est du Belge !"), on lavait le linge avec de la cendre de bois et les pneus de vélo étaient chargés de bouchons de liège. Nous avons affreusement souffert de toutes ces privations.

Carte d'alimentation
Comme le rappelle Jean-Claude Rihard dans l'un de ses billets sur la participation au trafic de cartes de pain, il s'en imprimait un peu partout, de bonne et de moins bonne qualité. Les plus douteuses, il fallait les frotter un peu sur le sol pour leur donner une couleur plus convaincante et on se risquait dans une boulangerie. Là, suivant la bienveillance et l'indulgence de la boulangère, elle acceptait ou refusait nos tickets qui sentaient encore l'imprimerie et la mauvaise encre. Car il faut dire qu'il arrivait que les fonctionnaires du "Contrôle Économique" les refusent et alors il fallait les rembourser.
Les Ricains
Le débarquement des alliés avait eu lieu et les Américains remplaçaient les "Verts de gris" à l'Hôtel Moderne, Place de la République, à deux stations de métro de Belleville.
A cette époque, le trafic battait son plein et chaque soir, vers les 21 heures, nous quittions Belleville avec quelques copains par la rue du Faubourg-du-Temple, direction République. Nous allions faire "Les Ricains".
L'opération consistait à attendre que les nombreux G.I.'s entrent ou sortent de leur hôtel, alors nous les interpellions grâce aux quelques mots appris dans le petit dictionnaire "français-anglais", investissement indispensable que j'ai conservé.
- Hello Joe, have you cigarettes to sale, chewing-gum, soap ?
( Mon Anglais était du mot à mot, mais cela marchait…)

Et souvent, le gars avait quelque chose à vendre. Ils se passaient le mot et étaient nombreux à faire ce commerce. Nous achetions ainsi toutes sortes de produits introuvables à Paris : bas nylon, tabac, savonnettes, pantalons, blousons, mille choses … Vers 1 à 2 heures du matin, nous remontions avec notre marchandise vers Belleville. On rangeait la cargaison chez soi, à condition que la flicaille, au parfum du manège, ne nous alpague pour passer quelques heures au commissariat du quartier, et que notre marchandise disparaisse dans leurs placards.
Enfin, si tout se passait bien, nous avions le droit de nous reposer et de dormir. Le lendemain, on se levait assez tard vu l'heure du coucher. C'était dans la soirée, vers les 17-18 heures que nous chargions nos produits dans les poches ou la chemise pour aller nous installer sur les trottoirs du "Maquis", rue Robert-Houdin. Alors, doucement, le chaland arrivait, faisant des aller-retours à la recherche de ce qu'il pourrait s'offrir.
Debout, les mains dans le dos, nous répétions en chuchotant : américaines, chocolats, savonnettes, chewing-gum ... Un client s'arrêtait, intéressé, et nous marchandions les prix. Les paquets de Camel, Lucky Strike, Chesterfield et autres Old Gold sortaient discrètement des poches et s'échangeaient contre argent comptant. La "rousse" en civil rodait. Nous les connaissions, et pourtant ils arrivaient à nous faire aux pattes. Nous leur donnions des noms, l'un d'entre eux était baptisé Chapeau vert. C'était bête, il en portait toujours un. Il nous arrêtait tout simplement, sans résistance de notre part, et nous emmenait au commissariat le plus proche mais c'était souvent celui de la rue Pradier, dans le 19e. Là, ils vidaient les poches de nos marchandises que les fonctionnaires se partageraient un peu plus tard.
Parfois, c'était plus sérieux, ils y mettaient le paquet, il y avait des rafles monstres. Des cars à claire-voie emplis de gardiens se plaçaient au deux accès de la rue (Faubourg-du-Temple et de l'Orillon) empêchant toute échappée. Tout le monde était bloqué : vendeurs, acheteurs, joueurs de "passe anglaise" et de bonneteau. Les agents descendaient en trombe des cars et investissaient la rue, s'éparpillant partout. Alors c'était la débandade, chacun cherchant à s'évader de la souricière, certains qui portaient sur eux des produits bien plus risqués tentaient de s'échapper par les toits des immeubles, vite rattrapés par les fonctionnaires de police, fouillés, ils étaient parfois porteurs de dollars ou plus grave, d'armes à feu dont ils n'avaient pas eu le temps de se débarrasser. Ceux-là étaient emmenés à part dans des "paniers à salade".
Les gens étaient alignés sur les trottoirs. On faisait l'inventaire de leurs poches, ils étaient alors chargés dans les cars et emmenés "Quai de Gesvres". Les agents se tenaient sur les marchepieds interdisant les évasions. On payait une amende et la marchandise était évidemment confisquée.
Je sais, certains diront que c'était du "marché noir", que ce n'était pas bien… Mais que celui ou celle qui n'y a jamais eu recours comme vendeur ou comme acheteur le dise, ils ne seront pas nombreux. Il fallait bien manger, se vêtir, se chauffer. Ce marché parallèle permettait quand même aux gens du peuple de trouver ce qui n'existait plus dans les commerces. Et de " gagner sa croûte" tout simplement.
Je suis repassé récemment dans le Faubourg. La rue est vide et abandonnée, toute grise… comme Belleville. Robert Gostanian
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dimanche, 29 mai 2011
GENS VENANT DE TOUTE PART

Passage des Mûriers ⚆ Crédit photographique ☞ Henri Guérard
L’exil est un concept-carrefour, se situant à l’intersection d’un (non) vouloir individuel, d’une nécessité souvent impersonnelle ou supra-individuelle, et d’un espace conçu en termes de désirabilité/accessibilité. Il convient de prendre comme point de départ la définition du Grand Larousse encyclopédique qui assigne à la notion ses significations le plus fréquemment rencontrées : « expulsions hors de sa patrie » ; « séjours pénibles, loin d’un lieu ou de personnes regrettées ».
Ces jours-ci, traversant le Père-Lachaise, j’ai pensé à TRISTAN, (Tristan de Iseult) qui remplit sans doute ces conditions. Il sera effectivement contraint à quitter sa patrie, ou, du moins, l’être qui objective son sentiment d’appartenance symbolique, son sens de la communion ; en plus, son séjour sera effectivement pénible, même feint, car il équivaut à une marginalisation sinon à une exclusion totale de la société. Il est vrai, d’autre part, que la valeur purement géographique de l’exil n’est guère mise en lumière ; TRISTAN n’a pas le mal du pays, il a plutôt le mal d’amour, si on peut dire, pour se confronter à une réalité que l’ont perçoit aliénante.
Exil veut dire, contrainte de quitter son « chez soi » (qu’il s’agisse d’un lieu ou d’un être) pour se confronter à une réalité que l’ont perçoit aliénante.
Habiter un quartier. Par exemple, Ménilmontant ou Belleville, que beaucoup d’entre nous connaissent. Le quartier occupe, sans doute, dans la vie urbaine des citadins, une belle place, en tous cas le citadin doit y trouver sa place et nous devons faire le nécessaire pour qu’il la trouve. Ni entité délaissée ni univers social privilégié. Le quartier doit apparaître comme un lieu de vie relativement important, diversement investi par les habitants en fonction de leurs situations sociales et résidentielles et selon les caractéristiques morphologiques et sociales du lieu, je dis bien du lieu, dans lequel ils résident. En même temps, dans cette courte analyse je voudrais montrer que cette diversité ne se résume pas à l’opposition entre habitants de quartier à la mobilité réduite et citadins nomades dépourvus de toute attache avec un lieu de résidence. Au contraire, dans certains lieux, comme dans d’autres contextes urbains, les individus qui se caractérisent par un fort ancrage dans le quartier sont plus fréquemment des citadins mobiles que des citadins sédentaires.
Citadin, j’ai été maintes fois exilé. Né dans une maison au bord d’un ruisseau dans le sud de la France, sous la ligne médiane de Bordeaux et la frontière franco-italienne.
Venu , à Paris, après maints aboutissements, nulle part ou un peu partout, par des chemins de traverses. Je suis arrivé dans le 20e arrondissement de la Capitale pour un temps court qui dura l’épopée d’un vaste amour. Je devins résident d’un des plus populaires arrondissements de Paris en venant vivre passage des Mûriers. Un passage qui montait et que les enfants aimaient descendre à chariot à quatre roues avec une adresse fulgurante, comme eux seulement savent le faire. Rien que ces deux noms de rues me rappellent encore ma région natale aux confins du Lot et de la Dordogne où sont si nombreuses les haies avec ses mûres et les arbres fruitiers.
Ménilmontant, je le connais un peu. Je l’ai sillonné dans tous les sens, à pied et en voiture, de nuit comme de jour. Moi, natif d’ailleurs, j’ai découvert la rue du Pressoir encore intacte pour la première fois en 1960. C'est-à-dire avant que les troubleurs de vie par les destructeurs de l’Etat viennent perturber les habitants du quartier, où existait alors, calme, travail et espoir.
J’y revenais de temps à autres, rue du Pressoir, combattre les voleurs de rêves, opposer résistance à ceux dont les déchaînements étaient néfastes à l’équilibre du quartier, constatant bien plus tard, les dégâts lamentables de rues éventrées, crevées. Plus rien n’était pareil à la vie paisible et quelque peu campagnarde qu’il y avait autrefois, même si tous savaient que l’habitat avait grand besoin d’être restructuré et rénové. C’est cela que nombre d’entre eux attendirent longtemps, très longtemps. Leurs souhaits ne furent que très peu exaucés. La blessure fut longue pour qui attendait avec espoir qu’arrive le droit au logement, l’attente d’être relogé, le droit à la paix. Bien évidemment ont leur proposa, très loin du lieu où ils habitaient, de nouveaux logements avec plus de confort certes mais il n’y eut pas beaucoup de justice ! Lorsque, juste après le chaos, je suis revenu rue du Pressoir, j’avais personnellement le sentiment terrible que des hélicoptères bombardiers avaient survolé les pâtés de maisons, pour tout casser et tout anéantir.
Puis longtemps, durant des années et des années, la laideur de la rue nouvelle me fit reculer à l’idée de faire le pas du retour, celle de revenir dans ce qui avait été un joyau du 20e arrondissement, l’une des parties de ce village du beau Paris. Je n’acceptais plus « d’être du quartier ».
Car la rue du Pressoir fut pour moi, en exagérant un peu, mes Champs-Elysées lorsque, jeune, je la découvris pour la première fois avec ses hôtels, boutiques, commerçants, garages, épiceries, costumiers et tailleurs, miroitiers, coiffeurs, boulangerie-pâtisserie, maroquiniers, librairie, joailliers, ses nombreux cafés, ses corporations de métiers, ses artistes accordéonistes, bals, saltimbanques, tireuses de cartes, sa jeunesse, ses belles filles et ses musiciens. Que de changements, pour moi, ayant passé mon enfance, dès le lever du jour avec le chant du coucou et sous le regard des oiseaux, au milieu des escargots, des fouines, des écureuils, des lapins, des poules, des oies et canards. Lorsque je revenais rue du Pressoir, c’était un vrai enchantement.
Je connais hélas la destruction en sa totalité d’un lieu, celui où j’habitais, le Passage des Mûriers.
Du passage reste seulement le plan avec son nom minuscule imprimés dans ma vieille Editions L’indispensable et le souvenir de sa pente et de ses pavés à jamais gravés dans ma mémoire. J’habitais là avec ma fiancée. Je dirais mieux, c’est là que m’accompagna ma fée, Ludmilla, dans une belle portion de vie. Ce peu de temps qui me semblaient des années de connivences, de tendresse, de passion et de rêve. Notre tout petit logement était situé tout en haut d’un immeuble étroit, rocambolesque, beau et ancien, d’une architecture séduisante du début du 19e qui tenait d’un vieux décor de théâtre. Notre lit fabriqué de mes mains où reposait notre matelas de laine, cousu à la main rue Orfila, si j’ai bonne mémoire, était installé dans la petite alcôve qui jointoyait notre chambre que j’avais tapissée avec mon amoureuse Ludmilla qui en grec signifie arc-en-ciel, Ludmilla ma bellevilloise native de Diafani, île de Karpatos. L’alcôve n’était pas grande, cependant elle suffisait pour tout notre amour. Au petit matin, le jour blafard entrecroisait les premiers rayons du jour qui apparaissait par la lucarne de la cuisine et de la petite fenêtre du salon aux rideaux blancs brodés à l’image du Parthénon et signés à chaque extrémité d’un bleu de mer. Cette frange de lumière nous faisait ouvrir les yeux et admirer le peu de ciel visible, encore étoilé d’été ; de l’automne plus gris, et puis de l’hiver sévère ménilmontois, avec les flocons qui voltigeaient et donnaient peu à peu, luminosité et splendeur, au quartier, en voie d’insalubrité triste, entouré de collines, le soir blanches et enneigées. Une fois la nuit passée et le café avalé, on dégringolait les vieux escaliers qui nous portaient vers le village pour aller travailler en nous faufilant parfois derrière le beau Saint-Bernard docile, trottinant devant son maître, esquivant le camionneur livrant le lait où venaient roder des chiens bâtards que Ludmilla nommait « renards » et qui aboyaientt à nos trousses. On riait en rejoignant quelque peu essoufflé la rue des Partants sur notre itinéraire. Nous n’avions peur de rien. Nous possédions l’amour. Seuls au monde, Ludmilla et moi, nous allions travailler, en nous tenant par la main avec la difficulté de nous séparer au moment de prendre, elle son vélo, et moi, le 96. Ces souvenirs sont là, vivants dans mon cœur. Le passage des Mûriers et nous deux, fous du bonheur de vivre. Du haut de Ménilmontant la vue était superbe, toute la capitale était à mes yeux ! La montagne de Paris intra-muros était unique. Et le soir, revenant à pied de mon travail, du haut de la rue Piat, la vue sur la ville était encore à moi. Tout cela est dans ma mémoire, comme un diamant dans mon catalogue du cœur, un trésor dans mon œuvre de vie.
Hélas aujourd’hui, le Passage des Mûriers n’est plus. Ce passage défunt aux consonances si méditerranéennes qui me conduisait chaque matin vers les cimes de la ville, et dont Monsieur Henri Guérard nous a laissé des traces brillantes dans son livre de photographies, a vécu.
Je suis un réfugié de nulle part ainsi que le dit de lui-même Frédérick Tristan qui n’était pas seulement le barbare dont peu à peu il souhaita nous donner l’image. Bienvenu Merino

Ménilmontant sous la neige
Crédit photographique ☞ Michel Sfez
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mercredi, 18 mai 2011
A LA SERPE D'OR

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dimanche, 20 février 2011
TOITS DE BELLEVILLE

Le Paris des toits et de la Tour Eiffel
© André Guérin
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dimanche, 28 novembre 2010
ANGLE DES RUES DENOYEZ ET RAMPONNEAU

Photographie Maurice Tarlo
Ce commerce d'angle en déshérence m'évoque le cabaretier Desnoyez qui tenait guinguette autrefois rue de Belleville, une guinguette pouvant accueillir deux mille convives mais aussi les porte-voix de l'insurrection bellevilloise. Desnoyez, Ramponneau sont les deux noms de la révolte dont Belleville a toujours été le haut lieu tout au long du dix-neuvième siècle. Souvenons-nous que le 26 mars 1871, les conseillers municipaux de Belleville sont Charles Delescluze, Auguste Blanqui et Gustave Flourens. Flourens, condamné à mort par contumace déclarait ceci : "J'ai appris par une longue expérience des choses humaines que la liberté se fortifiait par le sang des martyrs. Si le mien peut servir à laver la France de ses souillures et à cimenter l'union de la Patrie et de la liberté, je l'offre volontiers aux assassins du pays."
Gustave Flourens venu de l'aristocratie était aimé de tous les bellevillois tant il donna tout ce qu'il possédait, jusqu'à sa propre vie enlevée d'un coup de sabre le 23 avril 1871. L'insurgé avait trente-deux ans.

Gustave Flourens
11:13 Publié dans L'IMAGE DU DIMANCHE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue desnoyez, rue ramponneau, belleville 1871, belleville 2010, gustave flourens, auguste blanqui, charles delescluze, maurice tarlo, paris, vieux paris |
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mardi, 16 novembre 2010
RENOVATION D'UN QUARTIER : BELLEVILLE / MICHEL VEROT

Photographie Michel Sfez
Dans le cadre du film documentaire à la BNF, en partenariat avec le SCEREN-CNDP, sera projeté le jeudi 25 novembre (18h30 - 20h), dans le petit auditorium du site BNF ❘ François Mitterrand, le film de Michel Vérot (en la présence du réalisateur) sur la destruction de Belleville dans les années 1960, film resté inédit depuis sa première diffusion.
05:54 Publié dans DES PLANS SUR NOTRE COMETE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belleville 1960, michel vérot, film documentaire, destruction de belleville, rénovation d'un quartier, paris, vieux paris |
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lundi, 15 novembre 2010
UNE NOSTALGIE TRES SELECTIVE

Rue du Pressoir aujourd'hui
Il pleut et vente ce lundi sur ma campagne. Coincée à la maison, j’ai tout loisir de me confier à mon ordinateur.
Il ne se passe pas de jour où je ne vais faire un tour sur notre site, et j’ai souvent envie de réagir. Avec véhémence quelquefois.
Au risque de choquer quelques-uns, mais avec le souci, croyez-le bien, de ne peiner personne, je décide aujourd’hui de préciser ma pensée.
La « rue du Pressoir » et son environnement, avant les destructions massives qui les ont défigurés, ce n’était pas le Paradis. Il y régnait certes un esprit de quartier encore marqué du sceau des faubourgs du XIXème siècle, et nous y avons tous des souvenirs d’enfance, d’adolescence, directs ou transmis par des êtres chers, qui nous ont marqués à vie. Il nous arrive de nous les remémorer avec un tendre sentiment d’attachement en oubliant tous les désagréments du quotidien.
Et pourtant ! L’eau sur le palier, les wc à l’étage, le charbon qu’il fallait aller chercher à la cave l’hiver pour alimenter la cuisinière, la vie de famille concentrée dans 30m2, les dissertations rédigées sur un coin de table quand était venu le temps du lycée, expliquent la réaction de soulagement de nombreux habitants du secteur lorsque leur fut proposé un relogement dans des locaux plus spacieux et surtout plus confortables.
Sans parler de l’état de délabrement de certains immeubles que les propriétaires ne pouvaient plus entretenir depuis des décennies en raison de la modicité des loyers encaissés. (La fameuse loi, dite de 48 je crois, n’a pas eu que de bons côtés.)
La lassitude était grande de vivre dans un quartier qui dépérissait progressivement et le fait de devoir abandonner le vieux Paris et s’exiler en banlieue n’a pas pesé lourd en face de « la salle de bains » annoncée. Fut occulté pour un grand nombre de ceux qui n’avaient pas encore trouvé mieux où se loger le dépaysement sentimental pourtant à prévoir. Les jeunes gens qui n’avaient pas encore eu l’occasion de connaître autre chose, attristés de voir se décomposer leurs groupes d’amis, et les très âgés prêts à tout pour conserver le logement où ils avaient passé la plus grande partie de leur vie l’ont bien ressenti, mais une grande majorité d’adultes y a vu, au contraire, un changement de mode de vie bienvenu.
Il est vrai qu’une réhabilitation, telle qu’on la conçoit maintenant, eût été mille fois préférable à la brutale démolition entreprise. Cinquante ans plus tard, on ne peut que le regretter. Je ne saurais pas dire si, à l’époque, il y avait vraiment le choix, compte tenu de l’urgence et de l’ampleur du problème à régler. Ce n’était pas un ou deux immeubles qu’il fallait remettre en état l’un après l’autre, mais complètement reconsidérer un quartier tout entier, qui plus est, de forte densité d’occupation.
Voilà, c’est dit : j’ai une nostalgie très sélective !
C’est pourquoi cela me chagrine un peu de voir percer au travers de différents récits un certain et nuisible esthétisme, au détriment de la réalité des faits et du vécu des ménilmontagnards ou bellevillois de souche.
Je l’ai déjà noté : pour retourner souvent sur place puisque mes enfants ont choisi d’y demeurer, je sais qu’il règne encore dans ces quartiers de l’est parisien, une atmosphère de convivialité, différente de celle que nous avons connue, mais tout aussi précieuse aux yeux de ceux qui la vivent.
Amicalement à tous, Lucile.
Un point de vue que partage entièrement la chanteuse Clarika qui habite dans la rue du Pressoir des jours actuels. Elle avait témoigné, sur notre site, il y a quelques-années, de la continuité des équilibres dans l'immeuble où elle vit, du fait que la mixité des âges et des cultures est toujours aussi nourrissante. Une occasion de recommander l'écoute de son cinquième album, Moi en mieux (Mercury, 2009) et en particulier du titre Bien Mérité, lequel pourrait être l'hymne mappemondial de la rue du Pressoir. Guy Darol
08:35 Publié dans LE COIN DU SOUVENIR | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir aujourd'hui, rue du pressoir hier, nostalgie, paris, vieux paris |
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