06 octobre 2011
MICHEL DANSEL SE SOUVIENT DE BELLEVILLE

« J’ai toujours eu une tendresse particulière pour la rue du Pressoir, de vineuse réputation. Et chaque fois que j’y passais, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux moines de Saint-Martin-des-Champs qui possédaient là un pressoir. Et quand j’entrais dans un café pour y lever le verre à la santé de Bacchus, j’avais pleinement conscience que, depuis le Moyen-âge, la relève avait été maintenue. Cette rue a été malheureusement massacrée sans raison autre qu’un objectif spéculatif ».
Ces lignes sont de Michel Dansel, fondateur de l’Académie internationale du Rat, l’un des spécialistes du poète morlaisien Tristan Corbière et explorateur nyctalope de Paris et de ses faubourgs. Nous connaissions ses invitations à consentir au Paris incroyable (Editions Hachette, 1987), à arpenter différemment le Cimetière du Père-Lachaise (Au Père-Lachaise, Editions Fayard, 1973 puis 2007), voici que l’homme aux chaussettes rouges (parfois est-il ainsi surnommé) remonte le pavé des rues (celles de Belleville) et les aiguilles du temps (très haut vers 1940).
Il ne surprendra personne que ce défenseur des muridés féconds émette dans cet ouvrage une théorie sur le rat ayant justifié la destruction de la rue du Pressoir et de ses adjacentes. Michel Dansel les a souvent croisés en « son » Belleville sans que leur présence ne justifie à ses yeux qu’on (les promoteurs) saccage (et le verbe est faible) un faubourg rattaché à Paris en 1860 et où se sont attachés Arméniens rescapés du drame génocidaire et Juifs d’Europe centrale : Polonais, Allemands, Hongrois, Tchécoslovaques, Ukrainiens … De cette géographie accueillante, sorte d’île propice au sauvetage, Michel Dansel nous parle le cœur battant. Il rappelle que ce quartier (auquel il lie évidemment Ménilmontant) fut de tout temps dédié à la contestation, y compris l’anarchie. Qu’on ne s’étonne pas qu’il ait été pris pour cible par les chirurgiens normatifs !
Trente ans de souvenirs jalonnent ce livre. C’est assez pour que Belleville revive au temps de ses artisans nombreux, de ses marchandes des quatre-saisons, de ses attelages tirés par des percherons, de ses livreurs de pains de glace, de ses « accordéonistes aux larges bretelles» … « A Belleville, ceux qui étaient prioritairement de mon bief, de ma croisière, de mon rivage, de mon sillage étaient des artisans, des artistes, des saltimbanques, des déracinés, des marginaux positifs ». Le ton est donné. On voit par quel côté Michel Dansel remonte le temps.
Des exhalaisons reviennent, le son mat de très vieux outils, des trilles quelquefois familières. Certaines couleurs sont tout à coup repeintes. Des lettres se forment qui rappellent, au-dessus d’un commerce aujourd’hui disparu, un rendez-vous autour du zinc. Le café Au cadran populaire n’existe plus, emporté avec la rue Vilin par les mâchoires de la salubrité.
Michel Dansel se veut avant tout un piéton nocturne. C’est donc nuitamment qu’il ausculte Belleville sans être jamais tombé dans un piège d’Apaches ou de mauvais garçons. Jamais il ne vit briller une lame de couteau mais tant de pavés reflétant le faisceau pâle des réverbères brillent comme des miroirs. Et l’on voit s’animer rue des Couronnes, rue des Envierges, rue Julien-Lacroix, rue Ramponeau, rue de Belleville, rue des Cascades, sans que leurs façades écaillées ne constituent une menace. Rien n’est susceptible de s’effondrer ici. Tout tient magnifiquement debout dans son palais de mémoire. Et nous sommes empoignés par d’émouvantes réminiscences. Ainsi, dans un chapitre évoquant la Porte des Lilas (car Michel Dansel s’écarte généreusement d’un Belleville que l’on croirait étroit), nous sommes brusquement assaillis d’images en mouvement. C’est le marché aux puces que l’on voit vivre et que l’on avait quelque peu oublié. Je le vois distinctement. Je m’y promène, ma main d’enfant accrochée à celle de mon père. Et ce sont, « à même le bitume », des brimborions qui se mettent à danser, ceux que proposent à la pauvreté de nos bourses, « marchands de rien », biffins, chiffe-tire vendant « une vieille paire de chaussures éculées, un livre maculé et tout écorné, une ventouse avec encore un morceau de coton à l’intérieur, une assiette ébréchée, un corset élimé (…) yeux de poupée, réveille-matin veufs de leurs aiguilles, insignes oxydés aux couleurs ternies qui dataient de la guerre 14-18, vieux jouets qui avaient dû faire les délices de plusieurs générations de marmots ». Les souvenirs de Michel Dansel se composent d’étranges pépites. Pour nous, flâneurs à rebours, dans le paysage de l’enfance, elles s’assemblent comme un trésor. Nul doute que ce livre, aussi capital que les récits de Clément Lépidis ou un album d’Henri Guérard, constitue une fête, un réconfort et pour tout Bellevillois un événement majeur. Michel Dansel, grand écrivain, est l’ami qu’il convient de saluer. Guy Darol
BELLEVILLE
HISTOIRES ET SOUVENIRS
1940-1970
Michel Dansel
Bernard Giovanangeli Editeur
160 pages, 17 €
☛ LE SITE DES EDITIONS BERNARD GIOVANANGELI
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14 juin 2011
ROMEO BOSETTI/UN FILM DE 1908
Roland-François Lack est le créateur du site The Cine-Tourist, cartographie des points de jonction entre le cinéma et trois villes : Paris, Londres, Genève.
Il nous a adressé ce message au sujet du film de Romeo Bosetti (La course aux potirons, 1908) qui a pour cadre "les ruelles pentues de Ménilmontant".
"Je fais une petite recherche sur les escaliers entre la rue Vilin et la rue Piat. Si j'ai bien compris, ceux qu'on voit e.g. dans la photo de Ronis datent de c. 1935 et la construction de la ligne 11 du métro. Mais je voudrais savoir si les escaliers que l'on voit dans ce film de 1908 étaient à cet endroit. Ce qui me trouble c'est de savoir alors où était la caméra? Qu'en pensez -vous?"
Il semble que Roland-François Lack soit parvenu à identifier l'emplacement de ces escaliers ainsi qu'en témoigne cet autre message reçu ce matin :
"Je viens de découvrir que l'escalier dans le film de 1908 se trouve rue des Annelets, et non pas rue Vilin".
Si vous passez sur notre site, je vous invite à découvrir le film de Romeo Bosetti et à apporter tous les éclaircissements possibles concernant la géographie de ce remarquable document. Et peut-être avez-vous des souvenirs concernant la rue des Annelets que nous serions heureux de connaître.
13:07 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roland-françois lack, romeo bosetti, rue vilin, rue des annelets, cinéma, film, ménilmontant 1908, paris 1908 |
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26 janvier 2011
CELEBRONS HENRI GUERARD
Ignorer Henri Guérard, c'est entraver la marche à rebours, nostalgique et parfois douloureuse, qui nous mène dans les rues et passages d'autrefois, parmi les terrains vagues et les cours, sur les traces d'une enfance qui connut la rue Vilin et le Passage Deschamps. Le photographe Henri Guérard fut le témoin de la rue du Pressoir avant sa destruction. Il réalisa, en 1960, quelques clichés où l'on voit la poussière de nos immeubles transformés en décombres. Il est indispensable de se procurer Le regard d'un photographe sur Belleville, Ménilmontant, Charonne (1944-1999) publié en février 2004 aux éditions de L'Amandier.
Pour vous convaincre de la nécessité de posséder un tel ouvrage, voici quelques photographies extraites de ce volume qui en contient 244.

La blanchisseuse de la rue du Pressoir - 1954 © Henri Guérard

© Henri Guérard

L'escalier de la rue Vilin © Henri Guérard
06:06 Publié dans IMAGIER | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri guérard, photographe, photographie, rue du pressoir, rue ramponneau, rue vilin, paris 1954, vieux paris |
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19 janvier 2011
LA RUE VILIN DANS "ORPHEE" DE JEAN COCTEAU
Philippe Hiraga me signale cette séquence dans Orphée, le film de Jean Cocteau datant de 1950. Voici donc un témoignage très court mais si émouvant de la rue Vilin telle qu'elle fut filmée en 1949 probablement.
L'apparition de la rue Vilin mais aussi de Jean Marais et de François Périer commence à 8 minutes 35.
13:45 Publié dans IMAGIER | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe hiraga, rue vilin, jean cocteau, jean marais, françois périer, orphée, ménilmontant 1949, belleville 1949, vieux paris, paris 1949, cinéma |
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16 janvier 2011
PASSAGE JULIEN-LACROIX/PHILIPPE HIRAGA

Photo © Philippe Hiraga
"Cette photo date de 1970. Au bout du passage, il y avait un escalier. A son sommet, on arrivait au niveau du 49 de la rue Vilin. Le passage Julien-Lacroix a totalement disparu.
A l'époque, j'avais tendance à abuser du grand angulaire, ici la photo a été prise avec un 28 mm et la perspective est un peu faussée", Philippe Hiraga
03:01 Publié dans L'IMAGE DU DIMANCHE | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe hiraga, passage julien-lacroix, rue vilin, belleville 1970, paris 1970, photographe, photographie |
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09 janvier 2011
PHILIPPE HIRAGA ET LA RUE VILIN



Photos © Philippe Hiraga
Les photographies de Philippe Hiraga témoignent de la destruction de la rue Vilin en y ajoutant un chromatisme particulier et une saveur rouille. Elles indiquent la bascule du temps. Quelque chose fut que l'on devine. Ce quelque chose rayonne dans chacune de ces images, comme les rais d'un crépuscule immobile.
Philippe Hiraga nous a retrouvés. Nous lui avons demandé d'évoquer son expérience de la rue Vilin.
"J'ai connu Ménilmontant quand j'étais enfant à la fin des années 1950, grâce à mon père qui était artiste-peintre, diplômé du San Francisco Institute of Arts. Il a peint plusieurs toiles de Ménilmontant dans les années 1920 à 1950. Il a une toile au Musée Georges Pompidou, mais ce n'est pas Ménilmontant, c'est une vue du port de Douarnenez. Nous n'étions pas du quartier car nous habitions le 6ème arrondissement. Je suis retourné du côté de la rue Vilin en 1969, le quartier était à l'abandon, attendant la démolition. J'ai pris quelques photos, trop peu malheureusement. C'est plus tard, un peu par hasard, que je suis tombé sur les démolisseurs à l'oeuvre. C'était en 1971 mais je n'ai pas de date exacte, peut-être septembre 1971. Je peux simplement dire que le haut de la rue Vilin était totalement détruit à la fin octobre 1971. Mon témoignage est donc bien fragile", Philippe Hiraga
04:51 Publié dans L'IMAGE DU DIMANCHE | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe hiraga, rue vilin, ménilmontant 1950, démolition rue vilin, paris 1950, paris 1960, paris 1970 |
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08 décembre 2010
COURS ET ARRIERE-COURS /RUE VILIN

Nous remercions Jean-Claude Rihard pour l'envoi de ce document.
05:23 Publié dans IMAGIER | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue vilin, belleville, ménilmontant, paris 1960, jean-claude rihard, raymond battaglia |
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10 novembre 2010
QUE RESTE-T-IL DE LA RUE VILIN ?

RIEN DE RIEN
Ni un brin de son architecture, ni une seule planche de ses volets de noyer, ni une clef de serrure forgée par le maître artisan du quartier du Pressoir. Pas même ses cendres ! Où ont-ils abandonné les restes et les souvenirs de la maison du typographe de la bande à Bonnot ? Où se trouve la tombe, la sépulture de notre illustre rue ? Restent les photos de dizaines de photographes du tout Paris, venus inhumer le beau assassiné. Faut-il hurler aux citadins de Paris que c’est notre ville qu’on assassine, que c’est notre patrimoine que l’ont abat lequel appartient à nous autres Parisiens. Nous ne pouvons nous taire, nous ne pouvons fermer notre gueule et nous laisser mettre des muselières. Pour le respect de ceux qui ont lutté afin de soutenir le patrimoine des Parisiens à qui appartient la ville. Pour l’équilibre et la précieuse beauté de Paris.
Déjà, furent crevées les Halles Baltard et le cœur historique de Paris, le quartier de Montparnasse livré au préfet de Paris et aux hommes au pouvoir en ces temps, si peu scrupuleux. Le 13e arrondissement et une partie du 15e juché sur des assises tremblantes, la Défense, silhouette vulgaire, offerte aux travailleurs, aux bureaucrates, aux baladins croyant que c’est ça le Paris illustre. Sans compter les frappes chirurgicales un peu partout dans notre ville. Regardez un tout petit peu, dans vos promenades ce qu’ils font de la ville, comment ils la maltraitent, comment ils n’ont point de scrupules pour les Parisiens qui méritent plus que ce que leur réservent certaines personnalités au pouvoir depuis des lustres.
RAPPEL SUR LA RUE VILIN
C’était une petite rue de Ménilmontant. Une rue classée en 1863, puis déclarée îlot insalubre cent ans plus tard, une rue aujourd’hui entièrement démolie. Une rue où Georges Pérec, l’auteur de La vie mode d’emploi, vécut enfant et dans laquelle il retourna, une fois par an, de 1969 à 1975, pour un livre qu’il écrivait. De cette rue Vilin, il ne reste que les quelques cinq cents photos prises par toutes sortes de photographes et les textes consignés par Pérec dans les années 1970. Le réalisateur reconstitue immeuble par immeuble le puzzle du lieu, réalisant tout à la fois un film sur la rue, un film sur la photographie et un film sur Georges Pérec et l’obsession de la mémoire.

« EN REMONTANT LA RUE VILIN »
Un film de Robert Bober, né le 17 novembre 1931 à Berlin. En 1933, il fuit avec ses parents l’Allemagne nazie. Ils se réfugient en France. Il quitte l’école à quinze ans pour devenir successivement tailleur, potier, éducateur. Il sera l’assistant de François Truffaut sur Les 400 coups, Tirez sur le pianiste, Jules et Jim.
Réalisateur depuis 1967, il obtint en 1991 le Grand Prix SCAM pour l’ensemble de son œuvre. Il publie Récits d’Ellis Island en collaboration avec Georges Pérec et Quoi de neuf sur la guerre ? Bienvenu Merino
13:23 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue vilin, georges pérec, robert bober, belleville, ménilmontant, vieux paris, bienvenu merino |
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08 novembre 2010
PARFOIS, JEAN-CLAUDE RIHARD SE SENT COMME UN VIEUX CHIEN


04:08 Publié dans LE COIN DU SOUVENIR | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude rihard, rue vilin, rue pali-kao, belleville, ménilmontant, paris 1950 |
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23 octobre 2010
GEORGES PEREC/EN REMONTANT LA RUE VILIN

En remontant la rue Vilin est un film de Robert Bober et Georges Perec réalisé en 1993. Georges Perec vécut dans cette rue classée en 1863, déclarée insalbubre puis finalement détruite.
Les archives de l'INA nous donnent l'occasion de retrouver Georges Perec à Belleville, sur les lieux de son enfance, en mars 1976. Il évoque ce qui n'est plus qu'un souvenir de rue.
VOIR
LE BELLEVILLE DE GEORGES PEREC
CONSULTER
10:10 Publié dans IMAGIER | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : georges perec, rue vilin, robert bober, belleville 1976, archives ina |
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17 septembre 2010
ENTRETIEN AVEC JEAN-CLAUDE RIHARD

Carrefour rue des Couronnes - rue du Pressoir
Photo Raymond Battaglia, début des années 1960
Jean-Claude Rihard fait désormais partie de la belle équipe des animateurs du blog de la Rue du Pressoir. Cet ancien du quartier répond à quelques questions - quelque chose me dit qu'il y en aura d'autres.
Où as-tu vu le jour ?
Si la réponse est stricto sensu, ma réponse est : dans la dixième arrondissement, à la Clinique. Mais huit jours après, j'étais au 52 boulevard de Belleville ! Mon père était Bellevillois, ma grand-mère paternelle aussi, mon arrière grand-père paternel aussi. Il faut remonter à la génération d'avant pour retrouver... la Bretagne non bretonnante, premières marches de Bretagne.
Ma mère était Bellevilloise, ma grand-mère maternelle aussi (métro Belleville, côté 11ème). L'arrière grand-père maternel venait du Nord.
Que faisaient tes parents ?
Mon père était ajusteur-tourneur et après-guerre, il a monté un commerce en Normandie (cette démarche était une conséquence directe de la guerre et de la pénurie alimentaire , nous participions au trafic de fausses cartes de pain ... imprimées dans l'impasse du Pressoir ! ).
Ma mère était danseuse, mais je ne l'ai pas beaucoup connu. Elle a quitté le domicile conjugal quand j'avais deux ans. J'ai donc été élevé par ma grand-mère paternelle.
Dans quelles écoles fus-tu scolarisé ?
La Maternelle était celle de la rue des Maronites, le Primaire, c’était rue Julien Lacroix, à côté du passage Ronce, en face d'où était né Momo (Chevallier). Ce dernier venait nous rendre visite chaque année jusqu'à 1958 environ. Il faisait tourner un petit film à chaque fois avec les gosses. Puis un jour... il n'est plus venu, il a oublié son quartier !
Plus tard, n'ayant pas eu les meilleures notes au concours pour entrer en sixième, le CCG (Cours Complémentaire Général) m'a échappé et j'ai dû me contenter de celui situé rue Pelleport. Je n'ai pas perdu au change, je prenais le bus à plateforme tous les jours. Un bon sport pour le prendre et descendre en marche!
Que t'as appris Belleville-Ménilmontant ?
Question trop vaste, je pourrais en écrire de très nombreuses pages ! J'y ai tout appris, du bon et du moins bon. J'y ai appris ... le travail, les différents métiers dits "de Paris", les amourettes, les copains, l'entraide, mais aussi à chaparder, à fumer… d'abord de la liane (terrains vagues obligent), puis des P4, avant d'avoir les moyens d'acheter le premier paquet de Gauloises. En bref, j'y ai appris tout simplement ... la vie !
As-tu fréquenté le rue du Pressoir et qu'y faisais-tu ?
La rue du Pressoir, c'était une annexe ! J'y avais de nombreux copains d'école, y compris dans le passage Deschamps. De mémoire, JP Cardon dont les parents étaient concierges, les frères Tonneau, Aubri, Nathan (dont les parents étaient tailleurs dans le passage Deschamps), Ponnelle (également passages Deschamps) et quelques autres.
Quelles images conserves-tu du quartier dans les années 1960 ?
Ces années ont été pour moi comme un fin d'époque et ceci à tout point de vue.
Changements des populations tout d'abord. Alors que dans mon enfance il y avait un relatif équilibre entre les différentes ethnies, tout cela a basculé. Je ne m'étendrais pas sur ce point car de nos jours on ne peut même plus parler de choses factuelles sans être taxé a minima de xénophobie. Mais c'est un fait, il y a eu un exode massif des Bellevillois de souche, remplacés par d'autres populations.
Ces changements de population ont entraîné un changement des moeurs et de toute la sociologie. L'esprit village en a pris un sérieux coup, même si cela perdure ici où là dans des secteurs épargnés. On a changé le biotope.
Changement architecturaux. Certes, l'eau sur la palier a disparu, de même les WC à l'étage pour cinq à six familles. La salle de bain est arrivée. Ces conforts étaient devenus indispensables. Mais en parallèle, les voisins sont devenus des "étrangers", les relations humaines se sont dépersonnalisées. Les cages à lapin, c'est aussi une autre forme de promiscuité.
L'image essentielle qui m'a marqué, c'est la destruction de mon quartier. La venue des bulls, ces tours métalliques mobiles et obliques au bout desquelles pendaient les boules d'acier qui étaient balancées dans les murs. Je pense que j'aurais eu moins de chagrin de savoir qu'une bombe était tombée là.
Je me suis toujours posé la question, mais pourquoi n'a-t-on pas essayé de conserver une partie de ces quartiers en les restaurant. Tous ces jardins cachés, ces cours er arrière-cours, ces passages qui nous menaient de rues en rues et qui avaient un charme désuet. Ce quartier était un véritable capital.
Quels étaient tes loisirs en ces temps anciens, néanmoins pérecquiens ?
Pérécquiens... entre-autres, anciens pas tant que cela. Encore que la vie, ces dernières années, s'est déroulée à vitesse Grand V.
Là, encore, la question est vaste. Elle remplit plusieurs chapitres de mes mémoires en cours d'écriture.
Vaste car, bien sûr, les loisirs sont associés à l'âge. Rappelons qu'à cette époque la TV n'avait pas encore trop entamé nos modes de vie.
Dans la période de stricte enfance, ce fut tous les jeux de notre âge, billes, patins à roulettes, compétition de traîneau, jeux de cordes et autres avec les filles.
J'avais l'immense privilège d'avoir en face de chez moi le terre-plein qui recevait le marché. A l'époque, le mardi matin et le vendredi matin (si ma mémoire est bonne! Ce terre-plein était une superbe aire de jeu y compris les veilles de marché où les employés municipaux, je suppose, venaient installer les poteaux métalliques et les toits de toiles du marché. Amusants ces hommes chaussés de chaussures en bois à hauts talons pour leur donner la bonne hauteur!
Le travail terminé, c'était pour nous le temps du slalom en patins, en traîneaux, à vélo (pour les plus aisés!).
Un peu plus grand, notre périmètre s'étendait vers les terrains vagues. Nous étions comblés. Un petit en haut du passage Ronce qui donnait sur la rue des Couronnes. L'autre étant une grande partie de l'espace occupé par l'actuel Parc de Belleville ainsi que par les immeubles construits sur le plateau, vers les Envierges.
Nous y avons construit des baraques avec les matériaux qui traînaient là (briques, planches...). Nous y avons fumé les premières "lianes" puis nos premières P4, dites cigarettes de chômeurs.
Plus grand encore ce fut le cinéma, dieu qu'il y en avait entre Belleville et Ménilmontant. On était loin de la dernière séance chantée par notre compatriote Claude alias Eddy. Je me prends à penser au nombre impressionnant d'artistes que ce quartier a engendré !
Pourquoi t'intéresses-tu à Georges Perec et à Clément Lépidis ?
Je ne connaissais pas pas Georges Perec, jusqu'à ce qu'un jour (émission de télé ), je découvre son existence et apprenne qu'il avait vécu à Belleville et pour être plus précis rue Vilin. Or, ma famille a habité au 2 rue Vilin durant une bonne dizaine d'années. J'ai su que Georges Pérec était juif, ma grand-mère m'avait beaucoup parlé du quartier, des juifs de l'époque, des rafles de l'été 42...
Juif ou pas, il était du quartier, je me trouvais donc une parenté.
Pour être honnête, Georges Pérec n'est pas mon auteur préféré... à chacun ses goûts. Mais c'est quelqu'un de "la famille", alors je lui ai trouvé beaucoup de qualités. Peut-être un peu trop éclectique, mais quel bonheur son art lipogrammatique et ses palindromes ... un régal !
J'ai un peu sublimé "W", tout simplement parce qu'il s'agissait de souvenirs d'enfances et que la rue Vilin y était évoquée. Ah ! cette rue Vilin et son escalier. Combien parmi nous ont usé leurs culottes courtes sur le muret pentu qui se situait sous cet escalier et que l'ami Willy a immortalisé par sa célèbre photo. Cette photo, je l'ai trouvé en poster, je l'ai faite encadrée et elle trône dans la chambre de mon papa âgé de 90 ans et qui est maintenant en maison de retraite, à 100 m de chez moi. Il vit en concubinage notoire avec une garce .... Héloïse, traduisez Aloïs... alias Alzeihmer. Il a tout oublié ou presque mais aux mots rue Vilin, ses yeux s'illuminent... Mais je m'égare, revenons dans le sujet !
Quant à Clément, j'aurais étrangement presque rien à dire. Je me sens lui lorsque je lis ses livres. Son style près proche du peuple me va comme un gant. Je l'ai vu une fois il y a très longtemps vers la rue des Envierges, nous avons échangé quelques mots, mais je ne voulais pas trop le déranger ce fut donc a minima. J'ai dévoré tous ses livres sur Belleville. Ils trônent tous sur ma bibliothèque de plus d'un millier de livres. Je me suis payé le luxe d'orner l'intérieur de ses livres d'une palanquée de photos de Doisneau et de Ronis. Dommage Kléanthis est parti ... pas de dédicaces ! Une perte pour notre quartier.
Qu'est-ce qui te motive (dangereusement ?) à péleriner aujourd'hui dans ce quartier métamorphosé ?
La vie n'est pas un long fleuve tranquille, ne dit-on pas? Et puis, il faut vivre dangereusement. Il y a probablement un côté pathos dans ma démarche.
Un jour que j'échangeais avec Josette (de la rue du Pressoir), elle me faisait part de sa nostalgie, un peu dans le syle "c'était mieux avant".
Oui bien sûr, je l'ai évoqué plus haut, il y avait des tas de choses plus sympas, plus conviviales… Mais on sait tous que cela ne pouvait durer, car ainsi va la vie et rien n'est immuable, même les avantages acquis ! Je suis bien conscient de tout cela, bien conscient aussi, que, ce faisant, je suis à la recherche de quelque chose de perdu définitivement ... ma jeunesse.
Mais cependant, ce n'est pas que de la nostalgie, pourquoi j'y retouve des odeurs? Pourquoi ce mélange de haine (ils ont tout cassé !) et d'amour ? Pourquoi je me dis toujours : "Cette fois, c'est la dernière" ?Et pourquoi dès que je suis à Paris j'essaie de trouver un moment pour aller traîner mes guêtres ? Alors pathos ou pas? Serait-ce du vice ?
Guy, t'es pas sympa, à cause de ta question, il va falloir que je consulte !

Classe de Maternelle, rue des Maronites
Jean-Claude est debout, près de la maîtresse
Photo Yolande Suchet épouse Lapierre
Sur cette image, figurent Aubri (rue du Pressoir), Tonneau (rue du Pressoir), Yolande Suchet (52 boulevard de Belleville), Cardon (rue du Pressoir), Pallini.
05:13 Publié dans LE COIN DU SOUVENIR | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude rihard, belleville, rue des martonites, impasse du pressoir, passage deschamps, maurice chevalier, rue julien lacroix, rue vilin, rue des envierges, georges pérec, clément lépidis |
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22 juillet 2010
WILLY RONIS REMONTE LA RUE VILIN
04:54 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : willy ronis, rue vilin, paris, vieux paris, belleville, ménilmontant, photographe, photographie |
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22 mai 2010
EN REMONTANT LA RUE VILIN/BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE/MARDI 8 JUIN

Absolue rareté, le film de Robert Bober En remontant la rue Vilin, cette rue témoignée par Georges Pérec qui y vécut, sera projeté à la Bibliothèque Nationale de France, le mardi 8 juin à 12h30 au Petit Auditorium de la Bibliothèque Nationale de France. Entrée Libre.

En remontant la rue Vilin, de Robert Bober (1992) : Georges Pérec naquit et vécut enfant dans cette rue de Belleville à Paris, aujourd’hui détruite. Le cinéaste revient sur les traces de son ami à partir des textes mêmes de l’écrivain et de très nombreuses photographies.
A PROPOS DU FILM, CONSULTER LA PAGE EVENEMENT DE LA BNF
BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE
Quai François-Mauriac
75706 Paris Cedex 13
Téléphone : 33(0)1 53 79 59 59
Lignes 6 (Quai de la gare), 14 et RER C (Bibliothèque François-Mitterrand)
Lignes 89, 62, 64, 132 et 325
09:44 Publié dans DES PLANS SUR NOTRE COMETE | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue vilin, georges perec, robert bober, cinéma, paris, vieux paris |
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13 décembre 2009
RUE VILIN PHOTOGRAPHIEE PAR PHILIPPE HIRAGA

Photographie Philippe Hiraga
05:18 Publié dans L'IMAGE DU DIMANCHE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philippe higuera, rue vilin, belleville, ménilmontant, paris, vieux paris, photographie, photographe |
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06 décembre 2009
RUE VILIN PHOTOGRAPHIEE PAR MICHEL SFEZ
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05 avril 2009
DESTRUCTION DE LA RUE VILIN

Photographie Philippe Hiriga
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29 mars 2009
RUE VILIN ☞ PHILIPPE HIRAGA

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02 juin 2008
L'ANCIENNE VOIE FERREE

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