dimanche, 10 août 2008
LES CLAPIERS S'EDIFIENT SUR DES COLLINES OU N'EXISTENT PLUS LES LAPINS DE GARENNE NI LES LIEVRES
Photomontage, Place de Ménilmontant © Bienvenu Merino
Ici, sur cette placette, au carrefour des rues Oberkampf et Ménilmontant, du boulevard, du même nom, et celui de Belleville, les hommes contaient autrefois sous la lune leur émigration de pays lointains aux enfants de Paris, curieux et contents de voir arriver de nouveaux voisins aux vêtements différents de ceux que portaient les adultes et les mômes de leur âge. Les femmes, elles, dont certaines étaient enceintes, réunies dans un patio à l’abri des regards, chuchotaient au sujet de l’enfant qui allait venir au monde si loin de leur terre, redoutant parfois la fragilité dans lequel le monde allait les accueillir. Mais malgré tout, elles préparaient l’alcôve, bleu pour un garçon, ou rose amour pour une fille. Au dehors, l’atmosphère semblait bonne, les hommes étaient souvent dans la rue, à la recherche du meilleur pour la famille, dans un Paris où commençait l’enlisement et telle est en définitive l’explication du livre de Louis Chevalier. « La certitude que, dans un petit nombre d’années facile à calculer, plus personne n’aura la moindre idée de ce que Paris était, il y a quinze ou trente ans à peine, si ce n’est en allant en exhumer l’image, toujours déformée, dans les livres ; plus la moindre empreinte où poser ses pas, comme il était possible autrefois de le faire ; plus la moindre pierre si ce n’est que douteuse, où asseoir ses rêves, où bâtir le passé de la ville sur son propre passé, oubli inéluctable, insupportable. Comment ne pas entendre monter du royaume des ombres la plainte de l’enfer ? « Et moi aussi j’ai habité dans cette ville ». Et j’étais cette ville. « M’as-tu donc oublié ? ».
Bientôt, de tout là-haut, du sommet des Tours hexagonales ou lozangulaires, on ne verra plus qu’un vaste horizon brumeux par tout temps. Aux pieds des hauts immeubles, Chinois, Coréens et Japonais émigrés s’affairent toujours pour le meilleur dans leur vie. Ils ignorent le mal français est c’est si loin d’être leur problème. Ils n'en ont pas connaissance. Peu leur importe que la France reçoive une recommandation politique de la Commission de Bruxelles l’engageant à mettre de l’ordre dans ses finances, ils sont arrivés, conformes aux lois de l’émigration et comme chacun ils veulent un bien pour leur famille, pour leur tribu aussi méritante que bien d’autres. Bienvenu Merino
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jeudi, 19 juin 2008
MARTIAL CHANTE MENILMONTANT
Bienvenu Merino est un prosélyte de la rue du Pressoir. Un jour, il donne rendez-vous à son neveu Martial pour une flânerie dans le quartier. Martial possède une voix, une guitare. Bienvenu a une caméra de poche. Et voilà le travail.
La vie est belle
Lettre de Bienvenu Merinoà Guy Darol
Toi, aujourd’hui, tu es sur la côte bretonne, proche de la « m’ère », mais voici Guy, un peu de Paris. Une chanson d’Aristide Bruant, Belleville Ménilmontant, chanté par Martial, villa des Faucheurs, lors de notre périple dans l’île de ton enfance. Martial a beaucoup d’intérêt pour ce quartier et il est bon curieux ; c’est un excellent faiseur de chansons, sa guitare toujours sur le dos, semblable aux mères africaines portant leur enfant, avec sa musique et de belles paroles toujours dans le cœur. En bon reporter, je lui ai montré, la rue de ta prime enfance, ton école maternelle, tes trottoirs, ton collège, ton environnement de môme, ton cinéma, ton arrêt de bus, tes ciels et terre de la marelle dont j’imagine toujours le tracé à la craie dans la courbe de la rue du Pressoir, où ta maman te contemplait heureuse, se disant émerveillée : «Mon ptit Guy, tu finiras bien par bondir jusqu’au ciel avec tes sauts de spationaute et tes devoirs assidus pour l’écriture ». A Martial, je lui ai montré aussi tes livres et ton travail quotidien sur le site littéraire, et l’autre, notre blog, dédié aux habitants de Ménilmontant. J’ai dit à Martial, qu’autrefois, dans ces parages, tout était planté de vignes. Il était rayonnant de m’entendre parler de vendanges, de vin, de pressoir ; il humait, respirait et cherchait déjà un bistrot me demandant : « T’as pas soif, t'as vraiment pas soif, toi ? Pourquoi j’ai si soif, moi ? ».
Ce petit clip, sans aucune prétention, est enregistré avec ma petite caméra miniature et discrète, de deux centimètres par deux. Laurent Cantet, lui, viendra une autre fois, pour mon film, le long métrage, beau et fin, de la poésie en somme, que nous soignerons avec délicatesse et amour. Tu verras, malgré toutes les techniques, la voix de Martial est un peu voilée par un vent qui nous punissait, j’ose dire, du vin que nous avions bu à table, pendant le déjeuner. Ce jour là, nous avons passé un bel après midi, tour à tour, heureux et joyeux, assoiffés et consommateurs dans de bons bistrots encore nombreux dans le haut de la ville, à plus de 717 mètres. Je parle comme si j’étais au sommet de l’Everest, la neige dans les baskets et le nez flottant dans des arômes naturels. « C’est ça qui donne soif, t’as pas soif, répétait Martial à son cousin Tomas, qui en bon arpenteur, nous accompagnait, à peine descendu de l’avion provenant de Santiago du Chili, avec un bac philo et l’examen en poche pour une grande École à Paris.
Ce jour là, tous les trois, curieux de tant de valeurs qui existent dans Paris, nous étions découvreurs, encore, des vestiges innombrables dans le haut de Ménilmontant, près des rues, Piat et des Envierges, avec la vue splendide sur un Paris toujours magnifique presque à perte de vue. Très observateurs, nos regards à l’unisson enchantaient les passants souriants et complices de notre bonheur, complices de nous voir gamins rieurs, musiciens, guitare en bandoulière et chansons dans le cœur et avec des yeux bons d’un Charles Bukowski, vagabond et si grand poète. J’aurais voulu que tu sois avec nous, Guy, et Josette aussi, pour mieux goûter et éprouver entre amis les sensations fortes qui donnent courage et beauté aux êtres protecteurs et sauveteurs d’un patrimoine historique. Tout un passé, qui s’éloigne, à petit pas, de l’enfance, de notre existence de rêveurs, troubadours des Lettres. Troubadours simplement, libres et responsables de ce que des hommes nous ont légués afin de conserver, protéger et soigner un patrimoine extraordinaire, riche, célèbre et connu de tous. Martial chante comme il respire ; mieux, il crée. Il a tout de sa maman, Bohème, elle aussi, chanteuse et musicienne, au petit conservatoire de Mireille, et partie un mauvais jour pour un long voyage interminable dont nous savons qu’elle ne reviendra pas. Quoi dire de plus, Guy ?
Oui ! Je vais souriant, rue de Ménilmontant avec Tomas et Martial pour te dire, qu’il y peu de temps, j’ai été magnifiquement surpris par des photos anciennes de ta rue, avec ta maison, ton palier, ta cour invisible jusqu’alors. Magnifiquement surpris par cette rue du Pressoir à laquelle maintenant je suis lié comme un nouveau né au sein de sa mère.
11:52 Publié dans EN LISANT EN CHANTANT | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : martial, ménilmontant, belleville, rue de ménilmontant, paris, chanson, musique
samedi, 29 mars 2008
LA RUE DU PRESSOIR PAR LE HAUT DE MENILMONTANT
J'ai marché ce matin. J'ai marché comme les gens le faisaient autrefois pour descendre la rue; à pas lents, mais saccadés, des pas de villageois. Je revenais du château, disons ce qu'était le domaine du château de Ménilmontant; et si j'aime monter cette rue de Ménilmontant, j'aime plus la descendre. La ville est sous mes yeux, entière, fragile, abondante, petite là-bas, au loin. Elle scintille, elle murmure, je l'écoute, je parle avec elle, elle me répond et me dit des choses d'autrefois, elle résonne.
Ni San Francisco, ni Salvador de Bahia de tous les Saints, pas même Lisbonne, ces villes où je vécus dans les années 70, non ! aucune de ces villes ne peut être comparée à ce qui est sous mes yeux. Je descends toujours et marche sur le trottoir de droite, revenant du domaine du château de Ménilmontant qui serait limité de nos jours par les rues de Romainville, Pelleport, du Surmelin et, approximativement, par les rues des Glaïls et des Fougères, parallèles au boulevard Mortier, à l'est de celui-ci. C'était donc un domaine considérable ; sa superficie était supérieure à celle qu'a actuellement le cimetière de Père-Lachaise. Il comprenait le vieux château, le grand château (emplacement des réservoirs de Ménilmontant), un beau jardin à la française, terrasses, grand parc boisé, le tout clos de murs qui barraient les rues de Belleville et de Ménilmontant. Ce domaine appartenait depuis 1695 à la famille des Le Peletier. Il était nommé Saint- Fargeau en mémoire de la seigneurie de ce nom que les Le Peletier avaient dans l'Yonne.
Les Le Peletier utilisaient comme villégiature d'agrément ce domaine dont ils tiraient un bon revenu par la vente de leur bois, de leurs fruits et de leurs légumes.C'est Louis Le Peletier de Saint Fargeau qui était propriétaire du domaine le jour où, en octobre 1776, Jean-Jacques Rousseau fut renversé dans la descente de Ménilmontant, à la Haute Borne, vis-à-vis du Galant jardinier, par un des chiens danois du châtelain. Il rentrait à Paris après avoir herborisé sur la colline lorsqu'il fut heurté violemment par ce chien qui gambadait devant le carrosse de son maître. Jean-Jacques Rousseau a raconté lui-même cette aventure et décrit comme suit la région: " Le jeudi 24 octobre 1776, je suivis après dîner les boulevards jusqu'à la rue du Chemin Vert, par laquelle je gagnais les hauteurs de Ménilmontant, et, de là, prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversois jusqu'à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages; puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin...". C'est alors qu'il rencontra le chien...
Je reviens à l'actualité. Je suis arrivé en bas de la rue de Ménilmontant, j'ai pris à droite le boulevard de Belleville, la continuité du boulevard de Ménilmontant, puis laissé la rue Etienne Dolet, pris sur le même trottoir, la rue des Maronites, mais cette fois-ci, j’ai rasé les murs de crainte de voir trop tôt le désastre découvert hier. Je suis arrivé exactement au même endroit, en faisant le chemin à l'envers. Et là, toujours là, devant moi, la gueule béante de la rue où sont nés mes amis. La rue du Pressoir, muette et d'une froideur à vous glacer de la tête aux pieds, j’avance dans le blanc des murs de ciment, dans le noir de ma tête et de mes idées, si lucide pourtant. Je pense à mes amis, Josette et Guy, à leurs parents, leurs frères et soeurs. Qui a vécu ici autrefois, ne peut plus reconnaître. Il n'existe rien du charme qu'était cette rue, joyeuse jadis et si familiale. Mais ils ont tout détruit de la vie. Mais bon dieu de bon dieu où étaient l'épicerie, le coiffeur, la maison, la chambre des jumeaux, le garage...les écoliers, les farandoles. Bienvenu Merino
07:56 Publié dans RETOUR AU PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rue du pressoir, rue de ménilmontant, ménilmontant, belleville, rue etienne dolet, bienvenu merino































